ANGELE ET TONY-La vie et rien d'autre-

Publié le

Grégory Gadebois & Clotilde Hesme. Pyramide Distribution

Un port de pêche en Normandie.
Angèle a de bonnes raisons de se construire une nouvelle vie lorsqu’elle débarque dans celle de Tony, marin pêcheur en quête de sentiments.
Malgré le désir qu’il a pour elle, Tony garde ses distances. Angèle le cherche. Tony l’observe. Trop belle, trop déroutante, il ne peut croire qu’elle est là pour lui…

Voilà -enfin- le premier vrai coup de coeur de l'année, un "petit" film sans chichis, sans prétention, une histoire simple, à l'image se son titre, juste l'histoire de gens ordinaires, un film réaliste à la Dardenne, brut, mais en moins sombre, beaucoup moins austère et plus lumineux, plus optimiste aussi, plus romanesque, avec aussi un côté social à la Ken Loach, mais plus dans le fonds, aussi sans clichés faciles et pathos provoqué, une simple et belle, poignante histoire d'amour, amour maternel et amour de la vie...la vie, et rien d'autre!
Tout commence avec ce personnage d'Angèle, elle vient de s'offrir à un jeune homme de passage simplement pour acquérir...un jouet! on la sent fragile, angoissée, on va deviner très vite qu'elle sort de prison, qu'elle est en conditionnelle, après une affaire apparemment passionnelle, qu'on lui a enlevé son jeune fils qu'elle n'a pas vu depuis deux ans, et qu'elle voudrait bien le reconquérir, pour recommencer une nouvelle vie, se reconstruire, aussi il lui faut un homme, elle va rencontrer Tony, marin-pêcheur un peu brut, qui se méfie de cette fille un peu facile en apparence, mais surtout trop mystérieuse et rebelle.
Pourtant cette rencontre provoquée, qui au départ devait être juste utile pour elle, va se transformer en autre chose, avec cette attirance qui va naître peu à peu entre les deux, une montée lente et progressive des sentiments va percer, en douleur et aussi en douceur, les deux hésitant à s'avouer leur penchant, entre l'ours bourru et la féline rebelle qui, encore fragile, essaie de recoller les morceaux de sa vie passée, ils sont comme deux animaux sauvages qui se cherchent, vont tenter de s'apprivoiser l'un l'autre, se frôlent puis se rejettent, deux êtres blessés qui tentent de renaitre vers une vie meilleure, l'un dont le père a disparu en mer et qui doit assumer la charge de famille, avec les aléas et la dureté sociale de son métier, se demandant pourquoi une belle fille comme elle voudrait d'un gars comme lui ( tu ne penses qu' à "baiser" lui dit-il, on est pas des animaux), l'autre qui doit se réinsérer dans la vraie vie, ouvrir à nouveau son coeur aux autres, en récupérant son fils et un nouveau père, elle qui a décidé de remonter la pente, à l'image de celle qu'elle remonte à vélo, combattive et déterminée.
Tout est en douceur et en pudeur bienvenues (et aussi en douleur) dans cette histoire remplie de silences et de regards, des non-dits qui en disent beaucoup, rien d'original dans cette histoire et pourtant peu à peu on est sous le charme de ces deux personnages auxquels on s'attache très vite, bien ancrés dans leurs rôles, grâce surtout au fait qu'ils soient interprétés par des acteurs peu ou pas connus, Clotilde Hesme est magnifique de grâce et d'intensité mêlées, en apportant une force de caractère épatante, toujours entre violence et fragilité, écorchée vive mais aussi tendrement maternelle, souvent le visage fermé, le regard fort et perçant, elle délivre vers la fin son magnifique sourire qui nous enchante, cultivant aussi un look androgyne assez mystérieux, très sexy en jean et blouson de cuir, et l'acteur de théâtre, peu présent encore au cinéma, Grégory Gadebois, qui apporte sa stature puissante, une force tranquille, une humanité rentrée, un jeu sobre en apparence mais imposant naturellement et sans forcer un personnage, avec son physique de gars ordinaire (un peu dans le style des personnages du cinéma de Ken Loach d'ailleurs).
Une histoire simple, sans effets, avec une musique parcimonieuse, quelques morceaux de piano, bercée par le souffle du vent marin, qui nous transporte et nous envahit peu à peu et qui, à la fin, sans prévenir, juste avec des petits détails, un sourire, un sentiment de bonheur et de liberté retrouvés, nous arrache des larmes, naturellement, bref une belle et sensible histoire de reconstruction entre deux êtres qui doivent vaincre leur solitude, un récit très épuré, qui prend le temps de nous envelopper de son empreinte, ciselé avec une belle humanité, parsemé d'une grâce presque invisible mais subtilement et délicatement présente, une romance sur fonds social qui résonne si juste qu'elle nous frappe en plein coeur, des scènes bouleversantes, avec deux comédiens qui imposent véritablement, juste par petites touches parfois,  des personnages qu'on gardera longtemps en mémoire et surtout dans le coeur.
Alors retenons bien son nom, Alix Delaporte, une réalisatrice à suivre de près!

MA NOTE: 16/20



Publié dans Vu en salle-DRAME-

Commenter cet article