AVANT L'AUBE-Manipulations-

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Vincent Rottiers. UGC Distribution


Frédéric, un jeune en réinsertion, travaille dans un grand hôtel à la montagne. Un client disparaît. Frédéric suspecte la famille qui l'emploie mais choisit de protéger son patron, cet homme qui le fascine. Bientôt, il est mis en danger.

Un titre assez énigmatique, peu parlant, un film sorti dans presque l'anonymat, et pourtant voilà bien un des meilleurs films français de ce début d'année!
A la fois polar intimiste et étude de moeurs, sans dévoiler l'intrigue, l'histoire de deux êtres impliqués de près ou de loin dans une sale affaire,  deux êtres d'âge différent, au passé différent, à l'éducation différente, qui tentent de s'apprivoiser, par nécessité pour l'un, par opportunité pour l'autre, dans un curieux et ambigü rapport de force, jeu du chat et de la souris, en se cherchant, le tout filmé avec subtilité et en cernant les personnages dans toute leur complexité, avec leurs doutes et leurs angoisses, leurs interrogations, leurs secrets, le tout par petites touches délicatement dessinées, comme une peinture au vitriol à la Chabrol, à qui on pense forcément déjà par cette représentation d'une bourgeoisie assez égoïste et cruelle, et dès le début du film on est pris, puis on est lâché, ballotté même parfois, mais jamais on est perdu, grâce à un scénario intelligent et passionnant qui prend le temps de décrire ses personnages, on est sans cesse intrigué et le tout est enveloppé par une mise en scène à l'atmosphère ô combien étrange mais surtout délicatement élégante, avec comme pièce maîtresse et centre du récit, cet hôtel perdu au milieu de la neige, presque comme un huit-clos angoissant,  on pense à Shining avec cette caméra qui survole les routes enneigées, et ses virages dangereusement menaçants, à l'image de la tension qui affleure constamment, plus une musique quelque peu hitchcokienne parsemée ici et là, pesante et intrigante, et ici le déroulement même de l'enquête policière (menée par une Sylvie Testud étonnante en Columbo au féminin) importe peu même si elle revient régulièrement, d'ailleurs la fin étonnante, énervante même mais finalement en accord avec l'esprit énigmatique du film  nous laisse avec un faux dénouement.
Captivant le film l'est surtout grâce à l'excellence de son interprétation, Jean-Pierre Bacri apporte tout son talent d'acteur puissant, tout en pudeur et non-dits, tout se joue chez lui dans les regards, les gestes, et on a du mal à cerner ce personnage qui semble parfois agir comme un père face à un deuxième fils, mais toujours aussi avec beaucoup de cynisme, voulant surtout préserver sa famille, son honneur, souvent inquiétant aussi, dans ce registre-là le comédien excelle!, plus le jeune Vincent Rottiers, fiévreux et à la violence contenue, encore dans un rôle de rejeté de la société, en réinsertion, mais il le fait aussi tellement bien lui aussi,  avec son regard bleu d'acier qui nous perd un peu mais en exprime parfois aussi beaucoup, avec toujours beaucoup d intensité, une allure et un charisme certain.
Un thriller efficace et surtout séduisant, à l'ambiance subtilement perverse et magnifiée par deux superbes comédiens qui nous emmènent avec eux dans une atmosphère implacable de manipulation intimiste, sans jamais nous lâcher.Fascinant et donc très réussi!

MA NOTE: 15/20


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