BLACK SWAN-Le chant du cygne-

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Natalie Portman. Twentieth Century Fox France

Rivalités dans la troupe du New York City Ballet. Nina est prête à tout pour obtenir le rôle principal du Lac des cygnes que dirige l’ambigu Thomas. Mais elle se trouve bientôt confrontée à la belle et sensuelle nouvelle recrue, Lily...

Attention! choc! film inclassable, à la fois cruel conte de fées, film fantastique parfois limite gore, thriller émotionnel, obsessionnel et psychanalytique, il ne laissera en tout cas personne indifférent et il faut le dire, soit on marche soit on n'accroche pas, tant le réalisateur est souvent sur le fil, à la frontière du too much ou de l'effet, mais même si ce fil est ténu, s'il ose beaucoup, çà fonctionne et on en ressort secoué, comme cette caméra, tenue à l'épaule, qui épouse au mieux les mouvements des personnages et ajoute à la fascination et au malaise proche du vertige, comme dans un tourbillon de corps!
Sur fond d'intrigue du superbe "Lac des Cygnes", tout comme le ballet lui-même, l'histoire traite surtout d'une volonté de perfection, mais une perfection qui ne pourra passer que par la propre auto-destruction  (le chorégraphe annonce la couleur à Nina au début "La perfection, ce n'est pas uniquement la maîtrise, c'est surtout savoir s'abandonner") chez un personnage qui doit faire face à sa sexualité, qui doit apprendre à mieux maitriser son corps, faire face aussi à ses démons, ses angoisses, ce cygne blanc qui intériorise devra abandonner sa pureté, sa virginité pour mieux exploser, se brûler les ailes, jusqu'à la métamorphose, jusqu'à la folie presque, poursuivie par une schizophrénie et une paranoïa rampante et vorace, qui meurtrit le corps, le ronge et le mutile, jusqu'au final, avec cette danse du cygne noir enfin révélé, avec ce saut final, libérateur et salvateur ("c'est parfait" dit-elle enfin apaisée), qui renvoie au saut de Mickey Rourke dans "The Wrestler", précédent film de Darren
Aronofsky.
Le film commence par une magnifique séquence de danse, et puis on s'aperçoit que Nina rêve, et constamment au long de l'intrigue on est ballotté entre cauchemar et réalité, on est à la fois terrifié et saisi par la grâce et la sensualité qui émanent de certaines scènes, on en ressort fasciné.
Grâce, sensualité sont aussi parfaitement adaptées au jeu de Natalie Portman, qui trouve ici bien évidemment un rôle ô combien puissant, enfin un vrai premier grand rôle pour cette actrice, certainement le rôle de sa vie, elle est comme une poupée de porcelaine, fragile, fiévreuse,  prête à tout moment à se briser, émouvante et troublante, aussi tendue que délicieusement gracile, qui va devoir, afin d'arriver à sa perfection,  basculer vers la noirceur, comme possédée, elle nous hypnotise par sa performance, et dommage pour ses concurrentes, mais l'Oscar ne peut assurément pas lui échapper, sans oublier les excellents seconds rôles, comme Barbara Hershey, implacable en mère castratrice,  possessive et jalouse, ou la belle et vénéneuse Mila Kunis en rivale sexy révélant les fantasmes de Nina , plus le frenchy Vincent Cassel , parfait également et assez délicieux en chorégraphe un peu démoniaque.
Bref, un film certes dérangeant, atypique, pas facile au demeurant,  mais un superbe moment de cinéma, à la fois sombre et beau, aussi poétique, toujours vibrant d'intensité, onirique et charnel, qui nous tient en haleine grâce à son atmosphère étrangement captivante, ensorcelante, à l'image de sa musique, somptueuse sans être envahissante, un ballet des corps et des esprits qui nous fouette, nous remue, nous ensorcelle et apporte une sensation étrange qui nous poursuit même après sa vision.



MA NOTE: 16/20


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