LE COMPLEXE DU CASTOR-L'homme blessé-

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La vie de Walter n’est plus ce qu’elle était. Déprimé, vivant au ralenti, il s’éloigne de sa famille et de ses proches. Sa femme finit par le chasser de la maison pour le bien de leurs enfants. Touchant le fond, il s’accroche malgré lui à une marionnette de castor trouvée un soir par hasard. Par jeu ou par désespoir, il utilise cette marionnette pour extérioriser toutes les choses qu’il n’ose pas dire à sa famille et ses collègues. La marionnette devient alors comme une nouvelle personnalité, un nouveau Walter, plus positif et sûr de lui. Rapidement il reprend le contrôle de sa vie mais découvre peu à peu qu’il ne peut plus vivre sans son castor. Parviendra-t-il à se débarrasser de lui ?

Drame familial, relations tendues entre père et fils, dépression paternelle, Jodie Foster pour son troisième opus en tant que réalisatrice explore une nouvelle fois les problèmes au sein de la famille.
Ici un père de famille dépressif jeté à la rue par sa femme, en conflit avec son fils ado qui ne veut surtout pas lui ressembler (il fait l'inventaire de tous les points communs qu'ils ont pour mieux les rejeter) va tenter de retrouver son âme, après avoir rater son suicide, à travers une cohabitation originale, une peluche avec laquelle il va rentrer en thérapie, pour le meilleur et aussi pour le pire, jusqu'à se faire plus ou moins dévorer par ce double intrigant, bénéfique, mais bientôt dévorant, et l'issue sera de s'en débarrasser, d'une façon brutale!
Sujet casse-gueule dont se sort bien la réalisatrice, évitant le ridicule comme il faut, en privilégiant avec une délicatesse singulière le côté humain au détriment du fantastique supposé, cernant au plus près de la psychologie, des doutes et angoisses de cet homme à la dérive, qui fait pitié et finit par nous toucher par sa façon de changer ainsi de personnalité pour mieux reconquérir les siens.
Et le physique Mel Gibson trouve ici un rôle à mille lieux de ses précédents, assurément une vraie prise de risque au départ mais qui va permettre au comédien de lancer une nouvelle carrière, un rôle qu'il dessert sobrement avec pudeur et émotion, promenant sur l'écran son regard bleu à présent triste et fatigué, assumant ses rides, reflétant les difficultés de sa vie personnelle, s'enfonçant même parfois jusqu'aux frontières de la folie intérieure, avec sensibilité et justesse, sans pathos ni superflu,
une prestation vraiment superbe de l'acteur, et son jeu double avec ce castor, marionnette au demeurant laide et peu attirante,  prend véritablement vie sous nos yeux, nous dérange et nous trouble, simplement mais puissamment.
A noter aussi, avec la participation de Jodie Foster elle-même, superbe de beauté et de classe en femme plus témoin de la folie de son mari,  la belle prestation des deux jeunes,  incarnés par les convaincants
Anton Yelchin et Jennifer Lawrence.
Un film qui, malgré des vignettes drôles très réussies, affiche tout le long une certaine noirceur, développant la tragédie d'un homme en souffrance d'abord avec lui-même mais qui va gangréner tout son entourage, une histoire sombre de paternité difficile à assumer, qui se terminera, après la violente séparation au sens littéral des deux esprits devenus incompatibles, sur une note optimiste, peut-être un peu trop sage au demeurant.
Un récit original et insolite sobrement réussi.


MA NOTE: 14/20


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