LA FILLE DU PUISATIER-L'enfant perdu-

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Astrid Berges-Frisbey & Daniel Auteuil. Pathé Distribution

En coupant à travers champs pour aller porter le déjeuner à son père, Patricia rencontre Jacques. Elle a dix-huit ans, il en a vingt-six. Elle est jolie, avec des manières fines de demoiselle ; il est pilote de chasse et beau garçon. Un peu de clair de lune fera le reste à leur seconde rencontre. Il n'y aura pas de troisième rendez-vous : Jacques est envoyé au front. Patricia attendra un enfant de cette rencontre. Les riches parents du garçon crieront au chantage, Patricia et son père, le puisatier, auront seuls la joie d'accueillir l'enfant. Une joie que les Mazel leur envieront bientôt et chercheront à partager, car Jacques est porté disparu...

On sait à quel point Daniel Auteuil doit à l'oeuvre de Marcel Pagnol, lui qui a vu sa carrière véritablement décoller il y a 25 ans avec "Jean de Florette" qui le couronnera comme grand acteur.
Pour sa première réalisation donc la gageure était de reprendre le film du grand dramaturge et cinéaste français, sans le dénaturer, comme un hommage bienveillant et respectueux, difficile de passer après le maître, surtout que l'original (que j'ai revu d'ailleurs par curiosité-et avec plaisir- une semaine avant), qui date de 1940, réunissait deux "monstres" sacrés du cinéma d'époque, à savoir Raimu et Fernandel! alors bien sûr la comparaison est inévitable, passer après de tels acteurs est forcément pas facile, et Daniel Auteuil, rempli de tendresse et d'humanité, plus bouleversant et dramatique que son illustre ainé, et Kad Merad, sobrement naïf, malgré tout emprunté par un accent méridional qui passe mal, s'en sortent plutôt pas mal, même si avec eux le pittoresque de naguère est moins présent.
En tout cas, pour comparer les deux, Auteuil a su rester fidèle à l'oeuvre de Pagnol, trop peut-être, refusant d'installer sa patte de réalisateur pour mieux coller à l'univers sans le dénaturer, en voulant rendre hommage au maître, l'élève est peut-être aussi resté trop sage et trop classique.
Par rapport à l'original, le point fort est la liaison romantique des deux "par qui le scandale arrive", interprétés ici par
la charmante (mais un peu figée)  Astrid Berges-Frisbey et le tombeur Nicolas Duvauchelle, qui nous réservent de belles scenettes, dans la version originale les deux acteurs étaient caricaturaux, ici le charme et le romantisme opèrent souvent, plus le talent du grand Jean-Pierre Darroussin, touchant en père brisé par le malheur familial, ses scènes avec Daniel Auteuil sont épatantes.
 Alors oui tout est beau, filmé avec une simplicité bon enfant, une chaleur des sentiments bienvenue, une naïveté merveilleuse, une sincérité sympathique, de plus la Provence illumine le récit, mais le classicisme a aussi ses limites.
Car il faut bien le dire, si il y a 70 ans l'histoire de ce drame familial pouvait nous bouleverser, aujourd'hui tout celà parait d'une morale un peu trop désuète pour prétendre nous toucher,   surfant aussi sur trop de clichés simplistes et sentimentaux.
Efficace mais pas original et sans surprise, figé par une mise en scène plate, on en ressort avec simplement une l'impression d'avoir vu, comme le chante Fugain "un beau roman, une belle histoire"  mais sans être véritablement emporté par la force des sentiments présentés.
D'où la difficulté de faire un remake d'une oeuvre éternelle sans penser à l'original et donc un exercice un peu vain et inutile, malgré un scénario et des dialogues "pagnolesques" et donc solides à la base plus des comédiens sincères qui trouvent ici matière à défendre des personnages haut en couleurs, forts en émotion et sensibilité mêlées.
En tout cas le film a tout pour séduire un large public, à condition de le trouver.

MA NOTE: 12/20


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