RABBIT HOLE-La vie continue-

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Huit mois après la disparition de leur fils, Becca et Howie redonnent peu à peu un sens à leur vie. Howie tente de nouvelles expériences tandis que Becca préfère couper les ponts avec une famille trop envahissante. Contre toute attente, elle se rapproche du jeune homme responsable de la mort de leur enfant. Cette relation étrange va permettre à Becca d'être enfin en paix avec elle-même.

Ce film, adapté de la pièce éponyme de David Lindsay-Abaire, est un drame humain évoquant la pire chose qui puisse arriver dans une famille, à savoir la perte, tragique et brutale, d'un enfant et ses conséquences, à savoir le travail à faire par chacun sur ce deuil, la culpabilité forcée que chacun se renvoie, les rapports difficiles aux autres, et la renaissance à amorcer, vivre avec les cicatrices d'une blessure qui ne guérira pas mais qui s'estompera (comme l'évoque la mère de Becca, elle-même ayant perdu un fils) et éventuellement pardonner au responsable du drame.
Le réalisateur ausculte la continuité de vie de ce couple qui tente de se reconstruire après cette déchirure intime et inconsolable, l'un continue à vivre avec, regardant sans cesse la video de son fils sur son portable, l'autre essayant de tout jeter ce qui renvoie à son fils, comme pour effacer les traces de sa souffrance, ils ne peuvent pas pour l'instant communiquer et encore moins avoir des relations intimes, tout juste tentent-ils de remonter à la surface de la vie, chacun dans un monde à recréer, avec aussi psychothérapie à l'appui, mais il leur faudra être forts et unis pour à nouveau "s'habituer" à la vie, ensemble, soudés.
Alors évidemment avec un tel sujet difficile de trouver le ton juste, difficile d'évoquer la douleur sans tomber dans l'excès de sentimentalisme ou le pathos dégoulinant, voir le mélo, et pourtant ici John Cameron Mitchell réussit à nous mettre en empathie avec ses personnages, en faisant évoluer la douleur avec douceur, en apportant beaucoup de délicatesse et de justesse, de pudeur aussi, à ce drame qui nous bouleverse et nous étreint, où tout est, comme le sont les deux parents, à fleur de peau.
Et puis il y a deux acteurs magnifiques de vulnérabilité et d'émotion juste, Nicole Kidman, qu'on avait pas vu dans un aussi bon rôle depuis trop longtemps, est ici dépouillée de tout artifice, sobrement sensible, déchirée et déchirante, douloureusement belle en femme brisée à jamais, pleurant avec une sincérité confondante, d'un naturel et d'une luminosité désarmantes, elle est accompagnée du charismatique et intense Aaron Eckhart, lui aussi exceptionnel de profondeur et d'humanité, touchant et intérieur, mari tentant de renouer avec sa femme qu'il voit s'éloigner, leur scène de colère, grand et fort moment du film,  est déchirante et nous explose à la figure jusqu'à nous faire jaillir des larmes de compassion, plus Dianne Wiest, en mère compatissante qui tente de redonner goût à la vie de sa fille, et le jeune Miles Teller, lui aussi sobrement émouvant, dans le rôle du coupable brisé et traumatisé à jamais.
Pour ce qui est de la mise en scène, celle-ci sait rester discrète, presque en retrait, préférant privilégier les personnages et leurs rapports au drame, la force des silences et des terreurs enfouies,  tout en utilisant une superbe photographie, comme en filmant ces paysages naturels mélancoliquement ensoleillés.
Une tragédie simple,  poignante et terrifiante, mais belle car pétrie d'humanité et de tendresse bienveillante, subtilement dessinée et servie par des comédiens épatants de justesse.
Déchirant et renversant, le coup de coeur de ce printemps!

MA NOTE: 16/20

Publié dans Vu en salle-DRAME-

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