TOUS LES SOLEILS-La vie, l'amour, la mort-

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Stefano Accorsi & Clotilde Courau. UGC Distribution

Alessandro est un professeur italien de musique baroque qui vit à Strasbourg avec Irina, sa fille de 15 ans, en pleine crise, et son frère Crampone, un gentil fou anarchiste qui ne cesse de demander le statut de réfugié politique depuis que Berlusconi est au pouvoir.
Parfois, Alessandro a l'impression d'avoir deux adolescents à élever, alors qu'il ne se rend même pas compte qu'il est lui-même démuni face à l’existence. Voulant être un père modèle, il en a oublié de reconstruire sa vie amoureuse, d'autant plus qu'il est entouré d'une bande de copains dont la fantaisie burlesque l'empêche de se sentir seul.
Mais au moment où sa fille découvre les premiers émois de l’amour, sans qu’il s’y attende, tout va basculer pour Alessandro…

Après le bouleversant et dramatique "Il y a longtemps que je t'aime", Philippe Claudel, pour son deuxième film, a voulu faire dans le plus léger, un peu dans le style comédie italienne de la belle époque, avec ses personnages truculents, vivants et attachants.
De ce côté là c'est réussi, on s'attache d'emblée vraiment à tous ces personnages terriblement humains, avec leurs failles, leur folie, leur volonté de vivre mieux, de connaitre le bonheur, de saisir la vie, à travers cette famille particulière, un père de famille veuf depuis 15 ans partage son domicile avec sa fille ado et son frère anarchiste reclus, des êtres qui sont à la recherche du bonheur, qui se soutiennent et s'aident , sans le savoir parfois.
Alessandro vit avec le fantôme de l'être aimé, incapable de repartir à zéro dans sa vie sentimentale, se le refusant surtout,  paraissant à chaque fois, comme l'écrivait Gainsbourg, "fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve", refusant aussi de voir sa fille connaitre l'amour, "pense plutôt à toi" lui crie-t-elle comme un appel au secours!
Sans en faire des tonnes, plutôt en douceur, le metteur en scène nous charme souvent en évoquant cette chronique familiale, dépeignant la vie et rien d'autre, ses joies, ses malheurs, avec toujours l'amour et la mort, comme entrelacés, mais jamais avec gravité ou émotion excessive (à l'image de la scène finale qui aurait pu être chargée mais qui touche  simplement, en délicatesse et  poésie), avec une vérité un peu naïve parfois, souvent à la limite du candide,  mais avec une chaleur tendrement amenée, à l'image de la musique, cette tarentelle qui mêle joie et tristesse, gaieté et mélancolie de la vie,en recouvrant de fantaisie cette comédie grave et légère à la fois, sentimentale et satirique aussi, tendre, optimiste surtout, et magnifiée par tous les soleils d'un casting épatant.
Stéfano Accorsi, acteur encore peu connu, arrive à apporter beaucoup d'innocence et d'émerveillement à son personnage, en rendant juste et sincère cet homme qui se refuse à trouver son propre bonheur, qui vit avec la mort de sa femme mais refuse de "grandir" en amour, un peu perdu en lui, ne trouvant son bonheur qu'avec ses copains, et leurs beuveries sympathiques, l'acteur apporte son charme, une folie légère bienvenue aussi, une certaine poésie,
quand à Neri Marcoré il compose avec une nonchalance délicieuse cet anarchiste anti-Berlusconi, cloîtré en pyjama en attendant le renversement du "dictateur", refusant de toucher de l'argent suisse, argent sale pour lui, et la jeune Lisa Cipriani est vraiment très bien en ado qui découvre la vie et veut s'affranchir de son père, tout en lui révélant sa route à prendre.Plus la douceur et l'émotion fragile de Clotilde Courau, dans un rôle court mais capital.
Au final, malgré quelques faiblesses et quelques scènes ratées et caricaturales, c'est à la fois une chaleureuse et modeste ode à la vie hantée par les fantômes de la mort, une comédie familiale, comédie de moeurs humble mais généreuse et souvent truculente,  qui séduit souvent et nous illumine parfois par sa fraîcheur, sa simplicité et l'élégance de ces soleils que constituent toutes ces choses de la vie.

MA NOTE: 14/20


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