LES YEUX DE SA MERE-Les liens du sang-

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Un écrivain en mal d'inspiration infiltre la vie d'une journaliste star de la télé et de sa fille danseuse étoile pour écrire à leur insu une biographie non autorisée. Pendant ce temps, en Bretagne, un garçon de 20 ans, Bruno, qui habite avec ses parents, ne sait pas encore les conséquences que toute cette histoire va avoir sur son existence...

Vu en avant-première à l'UGC Ciné-Cité les Halles, en présence (après la projection) du réalisateur Thierry Klifa, de son co-scénariste et dialoguiste Christopher Thompson et des acteurs 
Géraldine Pailhas , Nicolas Duvauchelle, Marisa Paredes, et Jean-Baptiste Lafarge, malheureusement sans la grande Catherine Deneuve!
Thierry Klifa, après les réussis Une vie à t'attendre" et "Le héros de la famille", confirme ici tout le bien qu'on pensait de lui, avec ce film populaire mais de qualité, cinéma un peu oublié aujourd'hui,  qui fait la part belle (à nouveau) aux comédiens, avec toujours la famille en question, ici plus particulièrement axé sur la figure ô combien parlante mais aussi ô combien délicate et sujet à développements psychanalytiques,  de la mère, mère qui privilégie sa carrière au détriment de l'éducation de sa fille, mère enfantant trop jeune et abandonnant son enfant, mère adoptive, ou mère défunte dont on à du mal à faire le deuil, tous les personnages gravitent et tournent autour, assumant alors un mélo familial et intimiste, souvent un peu précipité dans ses ressorts scénaristiques, ceci dû sans doute aux inconvénients mêmes du film dit choral,  mais toujours passionnant car rempli d'émotion sincère et troublante, à travers l'enquête de ce journaliste sans scrupules et surtout sans repères qui va infiltrer une famille pour en faire ressortir secrets et mensonges, comme un ange exterminateur qui ne voit pas le mal qu'il peut provoquer en remuant tout çà mais trouvant aussi en lui-même des émotions et des révélations, par le prisme des sentiments vécus par ceux qu'il amène à se confronter, à travers les liens du sang, non sans heurts ni éclats.
Douleur et difficulté à exprimer ses sentiments, relations familiales tendues,  le tout est présenté avec suffisamment de pudeur et de délicatesse pour nous émouvoir sans forcer, simplement parfois par des regards, des silences pesants et signifiants.
Film à la mise en scène classique, et qui doit énormément à son casting très réussi et luxueux: tous les personnages de ce film choral, qui se croisent et s'entrechoquent sont très bien amenés et dessinés, et de surcroit superbement représentés par des comédiens magnifiquement dirigés, auxquels on doit tous de superbes et émouvants moments: en tête d'affiche Catherine Deneuve, très crédible en star du 20 h qu'on cherche à remplacer, est belle, élégante et superbe, toujours fascinante, nous gratifiant aussi de belles scènes émouvantes, aussi puissante de colère et de dégoût face à la trahison de son protégé, puis ,dans le rôle de sa fille, Géraldine Pailhas, en danseuse troublée à l'idée de découvrir un fils abandonné jadis, est toute en douceur et magnifique de sensualité, plus Nicolas Duvauchelle, sorte d'"ange exterminateur", mystérieux, manipulateur, mais aussi secret et donc touchant, aussi écorché vif, l'acteur nous délivre un de ses plus beaux rôles, avec aussi beaucoup de sensibilité,  plus en guest-stars plus fugitives les excellentes Marisa Paredes (un peu sacrifiée) et Marina Fois, cette dernière formant avec Jean-Marc Barr un couple de parents adoptifs tout en pudeur rentrée, elle redoutant mais finalement acceptant le fameux jour où leur fils va retrouver sa vraie mère, et surtout il y a LA révélation du film, le jeune Jean-Baptiste Lafarge dont c'est le premier rôle au cinéma, dans le rôle du fils prodigue, lui "l'ange révélateur", qui a dans les yeux et le sourire pas mal de sa mère de cinéma, Géraldine Pailhas, troublant, en tout cas une vraie "gueule", un physique de jeune premier, à la fois solaire et ténébreux, à fleur de peau, un visage prenant la lumière comme personne, étonnant de justesse et de charisme, il s'impose comme un grand dans des scènes émouvantes très réussies, le cinéma français tient sans doute là un futur grand, et pour les prochains César, catégorie meilleur espoir masculin c'est bien parti pour lui, assurément!à suivre de très près!
Souvent bouleversant, le film, en dépit d'une fin assez banale, et donc quelque peu frustrante, est une belle et forte histoire humaine, une superbe galerie de portraits intimistes, magnifiée par des acteurs charismatiques, une tragédie à la Almodovar, mélo assumé à la tension sensuelle et élégante, où les sentiments sont à fleur de peau et nous étreignent en continu, parcouru aussi d'une partition musicale belle et mystérieuse, tout en tension palpable, à l'image du film tout entier, plus en bonus la superbe chanson de Reggiani "Ma fille".
Du très bon cinéma français.




MA NOTE: 15/20


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