CRIME D'AMOUR-L'affrontement-

Convaincue de son ascendant sur sa protégée, Christine entraîne Isabelle dans un jeu trouble et pervers de séduction et de domination.
Ce jeu dangereux va trop loin jusquau point de non retour.
En sortant de ce film j'apprends le décès du réalisateur Alain Corneau! Etrange sensation après avoir vu ce qui restera comme son dernier film, ce grand réalisateur qui nous a donné depuis 40 ans de superbes films dans de domaines différents, mais surtout avec le polar comme avec les excellents Le choix des armes, Police Python 357et La Menace (les 3 avec Yves Montand), et aussi un film que j'avais beaucoup aimé, Tous les matins du monde, rendons donc hommage d'abord à cet homme qui aura marqué de son empreinte le cinéma français.
Revenons donc à son ultime film, qui ressemble en apparence à un affrontement psychologique et passionnel entre deux femmes apparemment très différentes mais qui vont se révéler aussi diaboliques l'une que l'autre, mais qui verse dans l'enquête policière dans sa seconde partie, d'ailleurs ces deux parties très distinctes sont aussi le défaut du film.
Au départ on a droit à la progression maligne d'un véritable harcèlement moral entre cette femme d'affaires manipulatrice et son assistante dévouée, peu à peu le jeu trouble et malsain devient un véritable poison violent, puis un véritable rapport de forces jusqu'à l'inévitable.
Cette première partie et l'étrange amour-passion-rivalité entre les deux femmes est bien senti et doit beaucoup au talent de ses deux actrices: en patronne machiavélique et sans scrupules Kristin Scott Thomas est une nouvelle fois superbe, élégante et tout à fait crédible dans ce rôle de femme froide prêt-à-tout pour user à profit de son autorité, elle qui autrefois cherchait à se faire admirer et veut à présent simplement être aimée, alors, grâce à son statut, autant se faire aimer et posséder ce que'lle n'a pas pu avoir autrefois et peut à présent s'offrir.Comme un jouet.
Dans le rôle de la secrétaire d'abord dévouée et admiratrice, puis humiliée et vengeresse, Ludivine Sagnier a plus de mal à imposer son personnage, car il est vrai que son physique juvénile est moins facile à s'adapter à ce rôle de future working-girl, dommage car pourtant c'est bien elle qui tient les rênes de l'histoire et dans la seconde partie, en manipulatrice à son tour, avec un esprit vengeur, son jeu puissant s'impose, et ce, malgré les incohérences du récit parfois.Car c'est bien là que le bas blesse, toute l'enquête policière est peu intéressante, en tout cas pas suffisamment bien amenée, et l'on voit venir gros comme une maison les retournements de situation!N'est pas Hitchcock qui veut!
Dommage car cette histoire de manipulations, de trahisons et d'humiliations, vu à travers le prisme du milieu de l'entreprise, était une bonne idée de départ, et le rapport étrange entre les deux femmes, est-ce de la rivalité, de l'amour ou de la haine, ou un peu les deux? (la scène d'introduction est d'ailleurs magistrale et lance pourtant bien le récit) valait plus de mystère et de passion à développer à l'écran, et est finalement pas assez exploité.On aurait ainsi aimé un affrontement plus subtil et mieux élaboré entre ces deux personnages.
Une légère déception donc pour ce polar psychologique assez prenant mais à la construction inégale, qui doit surtout à ses interprètes, à la réalisation maîtrisée mais malheureusement sans bonnes surprises, un peu trop proprette, et qui manque aussi singulièrement de patte et d'intensité.

MA NOTE: 12/20
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