THE GHOST-WRITER-L'étau-

Difficile en voyant le fonds de l'histoire que développe le dernier film de Roman Polanski de ne pas y voir un rapprochement avec sa propre histoire personnelle: cet homme politique assigné à résidence afin d'échapper à des accusations de complicité de crimes de guerre fait évidemment écho à l'actualité judiciaire personnelle du cinéaste.
Au delà de cette coïncidence troublante, Polanski réussit ici un bon thriller "politique" et il faut bien le dire que le sujet n'est pas forcément passionnant à développer au cinéma, pourtant ici , grâce à une mise en scène très puissante et très inspirée, le réalisateur réussit à nous captiver, grâce à une ambiance, une atmosphère faite à la fois d'étrangeté, de suspense, de faux-semblants, qui est vraiment la clef de cette histoire à suspens, réservant aussi ses moments d'action et de tension, le tout de façon très classique, un peu à l'ancienne, mais avec une efficacité redoutable.
Il suffit d'un cadavre, d'un homme accusé difficile à cerner, d'un passé apparemment trouble...
Le metteur en scène base aussi et surtout cette tension sur les lieux qui encerclent les faits, à l'image de cette espèce de bunker sur un île retirée, perdu au milieu d'une vaste étendue qui est régulièrement "fouettée" par la pluie et le vent, et à l'intérieur de ce bunker les deux protagonistes semblent pris dans un étau, celui de l'enfermement pour le politicien ( voir la scène où il a les mains posées en croix sur sa baie vitrée), celui du piège annoncé pour le jeune journaliste insouciant et curieux, d'où l'atmosphère étouffante qui s'en dégage.
On y retrouve donc les thèmes forts chers à Polanski, l'enfermement, l'oppression, la paranoïa, et certaines scènes assez absurdes comme celle récurrente de ce jardinier qui tente désespérément de rassembler ces feuilles d'arbres éternellement emportées par le vent, référence symbolique aussi à l'image de fin avec les feuilles du manuscrit qui s'envolent.
Ce qui fait la force du film c'est sa mécanique bien huilée, son sens du détail, du plan bien travaillé, des cadrages qui accentuent l'atmosphère du récit, plus que le fonds c'est la forme qui prédomine et permet d'affirmer une belle maestria technique, avec aussi une musique adaptée, aux accents très hitchcockiens, et on retrouve d'ailleurs souvent cette atmosphère hitchcokienne dans la réalisation, on pense à "La mort aux trousses" ou à d'autres.
Côté interprétation, Ewan McGregor est parfait, très crédible, en innocent journaliste jeté dans une histoire complexe, agneau jeté dans la cage aux loups et dont la curiosité va le faire rentrer dans une sombre histoire, en réalisant sa propre enquête, en découvrant indice sur indice, il va voir sa vie menacée et tenter d'éclaircir les mystères, à la fois celui de la mort étrange de son prédécesseur et celui de la jeunesse secrète du politicien.Les deux seraient-t-ils liés?Soupçons et manipulations, vérités qui dérangent...
Dans un rôle secondaire mais sans doute le plus important du récit, Pierce Brosnan apporte tout le côté ambigu à son personnage, il est aussi parfait en politicien séduisant, élégant, malin, volontiers colérique et cynique.
A leurs côtés, une révélation dans le rôle de la femme énigmatique et vénéneuse du politicien, la belle brune Olivia Williams.
Sans atteindre le niveau du dernier Scorsese, avec une histoire certes moins puissante, très différente, plus "terre-à-terre", Polanski impose son sens de la virtuosité narrative et nous offre une belle leçon de cinéma, grâce à une mise en scène solide et prenante, justement récompensée à Berlin, d'un classicisme bien ciselé.
MA NOTE: 14/20
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