J'AI TUE MA MERE-Un grand cri d'amour-

Publié le

Hubert Minel n'aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour-haine qui l'obsède de plus en plus, Hubert vague dans les arcanes d'une adolescence à la fois marginale et typique -découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l'amitié, sexe et ostracisme- rongé par la hargne qu'il éprouve à l'égard d'une femme qu'il aimait pourtant jadis.
Ce premier film de Xavier Dolan, jeune réalisateur d"à peine 20 printemps, avait été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au dernier Festival de Cannes.Il en était d'ailleurs rentré avec trois Prix.
Sur un sujet sensible, déjà traité, Xavier Dolan signe un essai personnel, certainement autobiographique.
La fin de l'adolescence, la volonté d'affirmer son identité, sexuelle et sociale, le désir de s'émanciper, de trouver son indépendance,  en "tuant" symboliquement ses parents (aussi à la manière d'Antoine Doinel dans "Les 400 coups" de Truffaut, il fait passsr sa mère pour morte aux yeux de sa prof) , on a tous vécu celà, tout ceci est évoqué dans ce film, à travers le récit de ce jeune homme qui se cherche aussi, lui qui, fils unique, a vécu 10 ans seul avec sa mère, il n'en peut plus, il l'a pourtant aimé enfant, mais là il la hait, se croyant désormais lâché par elle, lui reprochant de ne pas prêter attention à lui, il le lui dit d'ailleurs dans de nombreuses scènes d'affrontement verbal, qui prêtent à la fois à sourire et expriment en même temps une souffrance intérieure, ici amour et haine sont mêlées inextricablement, on a l'impression que Hubert "vomit" ses mots ou plutôt ses maux, il déverse aussi ses émotions, ne sachant pas comment dire à la fois son amour et sa haine à sa mère qui l'étouffe et le "castre", le tout est d'une complexité assez troublante.
Les deux ne savent plus se renvoyer leur amour, ou alors en criant, ou lorsque, drogué, il arrive à lui révéler qu'il devrair en profiter pour lui dire tout l'amour qu'il a pour elle.En même temps, il ne sait pas pourquoi il aime sa mère, comme il le dit dans une de ses interviews filmées, il aime des dizaines de personnes plus que sa mère, mais certainement pas de la même façon.
Magnifique scène lorsque suite à un énième accrochage, Hubert pose cette question à sa mère: "qu'est-ce que tu ferais si je mourrais aujourd'hui?", tournant le dos sans attendre sa réponse, puis la caméra se fixe sur le visage grave de la mère qui lâche "je mourrais demain", symbole de l'incompréhension mais surtout du lien indéfectible qui les unit.
Il faut aussi reconnaitre outre le talent de cinéaste, le talent de directeur d'acteur, Anne Dorval est magnifique dans le rôle de la mère, alors que le rôle d'Hubert est tenu par le réalisateur lui-même, possédant un naturel et un charisme assez impressionnants.
En abordant ces rapports parents-enfants, sont évoqués aussi la solitude, l'incompréhension inter-générationelle, la culpabilité d'une mère qui a du, et peut-être pas su,  élever son enfant seul (faut voir comme elle déverse sa bile et crie sa rage au téléphone avec le directeur du lycée de son fils!).
On pourra reprocher à Xavier Dolan quelque maniérisme, une envie de faire quelque effet de mise en scène, cette volonté aussi de rendre hommage, trop appuyé, à ses réalisateurs préférés, en utilisant à répétition soit le style  de Gus Van Sant (caméra filmant les nuques des personnages en mouvement) soit en "pompant" la musique de "In the mood for love", mais ces petits défauts ne sont rien comparés à la force étonnante de ce premier film, qui sans être un coup de maître, est déjà bien abouti.
Film d'auteur certes, mais pas film "intellectuel", film très abordable, sujet sensible mais jamais tiré vers le côté dramatique, où le drôle côtoie l'émotion, où le réalisateur filme cette part de lui comme un appel, comme un grand cri d'amour d'un fils à sa mère,  et met en forme son récit avec un style très personnel, en faisant preuve d'une liberté de ton et de mise en scène intéressantes, aussi d'une audace créatrice (textes insérés dans les plans par exemple, cadrages particuliers) vraiment réjouissante et prometteuse pour ce jeune cinéaste qu'on a intérêt à suivre de très près!

MA NOTE:15/20




Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
j'ai beaucoup aimé !vraiment beaucoup... plus pudique que ce que j'avais imaginé dans le genre "journal intime", ce déballage contrôlé m'a vraiment touché !
Répondre
P
Oui grand film d'amour j'ai trouvé aussi.<br /> Et pas règlement de comptes comme j'avais cru comprendre avant de voir le film.
Répondre