LES EMOTIFS ANONYMES-Les deux timides-

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Benoît Poelvoorde & Isabelle Carré. StudioCanal

Jean-René, patron d’une fabrique de chocolat, et Angélique, chocolatière de talent, sont deux grands émotifs.
C’est leur passion commune pour le chocolat qui les rapproche. Ils tombent amoureux l’un de l’autre sans oser se l’avouer. Hélas, leur timidité maladive tend à les éloigner.
Mais ils surmonteront leur manque de confiance en eux, au risque de dévoiler leurs sentiments.

Vu en avant-première à l'UGC Ciné-Cité-Bercy hier soir, en présence du réalisateur,
Jean-Pierre Améris, de l'actrice Isabelle Carré et de deux de ses jeunes seconds rôles, Swann Arlaud et Alice Pol.
Le réalisateur, lui-même ancien émotif anonyme, pour qui ce film très personnel fait office de thérapie, lui qui avouait avoir "plongé dans le cinéma pour éviter d'être dans la vie réelle", est monté sur scène en débitant son discours sans s'arrêter, prouvant sa difficulté à parler en public, Isabelle Carré, qui a improvisé sur scène une "mini-danse de la satisfaction" a insisté sur le fait qu'elle portait un chemisier à jabot, référence à une scène drôle du film, avec la chemise portée au restaurant par le personnage de Benoît Poelvoorde, malheureusement absent hier soir.L'actrice a valorisé son parternaire (avec lequel elle joue pour la deuxième fois) en précisant qu'elle l'aimait d'amour et que toutes les femmes allaient fondre pour lui après avoir vu le film!
Voilà une jolie petite historiette d'amour, sur deux émotifs qui se ressemblent et qui se frôlent et essaient de s'approcher, avec maladresse mais aussi beaucoup de tendresse,  sur le fond çà aurait pu être un sujet grave, sur la difficulté d'assumer ses désirs, sur l'impossibilité à se révéler, quitte à en briser sa carrière professionnelle, car ce sont surtout des êtres en souffrance continuelle, mais l'ensemble est ici traité par le réalisateur comme une fable toujours pleine de fantaisie, qui est, volontairement,  intemporelle (couleurs vert-rouge, esthétisme rétro), presque désuète parfois, et qui surtout, grâce à un humour communicatif, souvent provoqué par les situations que vivent nos deux timides, est d'une légèreté bienvenue et surtout permet de contrebalancer une émotion trop forte parfois et ainsi déverrouillée par un burlesque des évènements.
On regrettera la faiblesse du scénario, l'absence de véritable originalité dans la mise en scène (les scènes chantées à la Demy ne sont pas très convaincantes) pour un thème qui lui ne manquait pas d'originalité, le peu d'exploitation du chocolat (en tant que source de plaisir), la fin quand à elle est prévisible mais joliment habillée par la chanson "Big Jet Lane" de Angus et Julia Stone.
Heureusement il y a les acteurs: Benoit Poelvoorde et Isabelle Carré, déjà réunis à l'écran, prouvent une nouvelle fois leur belle complicité, avec toute la tendresse que dégage la fragilité de leurs personnages, Poelvoorde y apporte avec son talent coutumier tout l'impact comique qu'il faut aux situations souvent burlesques (voir les scènes du restaurant ou de l'hôtel), il lui suffit parfois d'un geste pour déclencher énormément, comme lorsqu'il rentre dans la chambre d'hôtel et jette un oeil presque désespéré sur ce lit à deux qui devient "embarrassant", il arrive à nous émouvoir et nous faire rire en même temps, avec un personnage toujours sur le fil, entre désespoir et volonté d'avancer, Isabelle  Carré, elle aussi parfaite, apporte plus sa fantaisie, son côté lunaire et poétique, plus un romantisme teinté de charme et de mélancolie, les deux sont à la fois touchants et drôles, apportant tout leur charisme, ils sont l'atout majeur de cette fantaisie humaine, en mode mineur, mais suffisamment délicieuse, charmante et sensible pour toucher un grand public et surtout portée par deux grands comédiens, subtils et comme toujours en état de grâce.


MA NOTE: 15/20


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