GAINSBOURG-(VIE HEROIQUE)-L'homme à tête de chou-

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Eric Elmosnino. Universal Pictures International France
La vie de Gainsbourg, du jeune Lucien Ginsburg dans le Paris occupé des années 1940, jusqu'au poète, compositeur et chanteur célébré dans le monde entier.
Le film explore son itinéraire artistique, du jeune homme épris de peinture à la consécration de sa musique dont l'avant-gardisme en a fait une véritable icône de la culture française. Mais aussi la complexité de sa vie adulte à travers ses amours tumultueuses.

Très à la mode ces derniers mois, voici à nouveau ce qu'on pourrait qualifier un biopic, dans la mesure où il évoque la vie et la carrière d'un artiste du 20ème siècle, l'inclassable et inoubliable Gainsbourg, et pourtant ici, comme le sous-titre du film le souligne, ce récit est plutôt un conte, une adaptation libre et souvent inspirée qui survole les moments-clefs de sa vie (plus que de la carrière, mais les deux sont liés, notamment à travers le rôle des "femmes de sa vie").
On voit dans ce récit toute la patte artistique du réalisateur, auteur de BD, et on comprend qu'il ait été sensible à cet itinéraire particulier, atypique, du créateur.
D'abord on est d'emblée captivé par le jeu de l'acteur principal, Eric Elmosnino, et dès sa première apparition il "est" Gainsbourg, car, outre sa ressemblance physique de départ (juste appuyée par quelques prothèses légères, ce qui fait qu'on y croit encore plus!), il faut surtout saluer son mimétisme, son imprégnation du personnage, et l'artiste revit véritablement  sous nos yeux, c'en est bluffant et criant de réalisme! De même que le Gainsbourg enfant est interprété par un jeune acteur vraiment convaincant, et cet aspect du film prépondérant, époque charnière et qui poursuivra l'artiste toute sa vie, est certainement la partie la plus intéressante de cet essai poétique, lui qui voulait devenir peintre et versera dans la chanson.
On y retrouve aussi bien rendue la dualité de l'homme, le côté "Dr Jekyll et Mr Hyde", la dualité Gainsbourg-Gainsbarre, à travers ce double, cette "gueule", cette créature caricaturale qui lui parle et le conseille, souvent du mauvais côté, en le poussant vers ses démons destructeurs, c'est aussi un peu sa conscience mais plus côté diable.Si ses premières apparitions sont un peu étranges, ses incursions par la suite dans le récit sont les bienvenues et, sans être trop présentes ni insistantes, elles s'imposent finalement avec évidence dans ce récit onirique.
Et puis il y a les femmes de Gainsbourg (auxquelles Didier Varrod a consacré un excellent documentaire diffusé lundi soir sur France 3) , et toutes les époques charnières de sa vie- et de sa carrière-ont été marquées par une femme, alors elles se succèdent ici, de  Juliette Gréco (superbe Anna Mouglalis, leur scène de rencontre est une des plus originales et des plus belles du récit, avec une magnifique interprétation de "La Javanaise", un des nombreux chefs d'oeuvre du grand Serge, avec la fantaisie aussi, le chat qui parle!, et la mélancolie du départ avec la pluie coulant sur la vitre, sublime) à Bambou, en passant par Jane Birkin (dont la candeur et la fantaisie est bien rendue par la regrettée Lucy Gordon, même si l'histoire d'amour avec Jane-10 ans tout de même- semble moins passionner le metteur en scène) et surtout  il y a le mythe:  Brigitte Bardot.
Car même si la célèbre actrice n'aura vécu que peu de temps avec le créateur, il semble bien que ce fut une des rencontres les plus intenses, Gainsbourg ayant peut-être trouvé en elle la beauté suprême, lui qui en tant qu'artiste recherchait toujours l'esthétisme à la fois dans sa musique mais aussi dans ses conquêtes féminines, ayant souffert toute sa vie lui-même de son physique ingrat.On avait un peu peur que Laetitia Casta ne soit qu'une pâle imitation de la star, et finalement elle y est vraiment magnifique et a surtout le mérite de ne jamais verser dans la caricature, ce qui n'apparaissait pas évident au départ, et même si sa présence ne dure que quelques minutes, elle marque véritablement le film de son empreinte, grâce à quelques scènes sensuelles épatantes, et donc encore une fois un mimétisme parfait.
Alors c'est sûr le film n'est pas exempt de défauts ou de passages inutiles, inhérents à ce type d'exercice narratif, comme la dernière demi-heure beaucoup moins intéressante et un peu survolée et bâclée, où la grâce et la création semblent un peu évanouies, mais sans doute est-ce aussi du au fait que les 20 dernières années de l'artiste semblent ici moins inspirer le metteur en scène.
On peut être aussi un peu frustrés de n'y entendre finalement que très peu de morceaux de l'artiste, mais finalement c'est plus un récit sur l'homme que sur l'interprète, un biopic inspiré et fantasmé très personnel, ce qui se fait parfois au détriment de l'émotion, une incursion comme dans un rêve dans cette atmosphère gainsbourienne", pleines de doutes et d'imperfections mais aussi d'élégance, à l'image de Gainsbourg lui-même!, et sur ce point-là, l'essai- artistique- très expérimental finalement, mais rempli d'audace, de brio et sublimé par un acteur époustouflant, est transformé!

LAETITIA CASTA-CANNES 2009-Photo perso-

MA NOTE: 14/20




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Publié dans Vu en salle-BIOPIC-

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S
Nostalgie, quand tu nous tiens!<br /> En tout cas merci Mr De Caunes d'avoir ressuscité pour un instant ce grand Monsieur dont la France aurait grand besoin encore aujourd'hui!
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P
Je suis complètement en phase avec ta critique. Le plantage monumental des précédents biopics français (Coco avant Chanel, Sagan) et surtout La mome qui rendait le personnage de Piaf vraiment antipathique me faisait craindre le pire pour cette évocation de la vie de Gainsbourg. Mais finalement, traité de manière très personnel et emprunt d'une grande poésie (notamment comme tu le dis avec ce personnage de la gueule), on se laisse finalement captiver du début à la fin. Et Eric Elmisnino est en effet bluffant de réalisme. Franchement, une bonne surprise!
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