INVICTUS-La force de vaincre-

Après les excellents et très différents "L'échange" et "Gran Torino", Clint Eastwood toujours aussi prolixe nous revient avec son désormais film annuel, plus en mode mineur cette fois-ci.Mais même un Eastwood plus "mince" reste un très bon film.
Ici l'intrigue est en effet assez légère en elle-même, mais il faut plutôt prendre cette histoire vraie de réconciliation, de pardon, de tolérance, comme une fable, comme une ode à la fraternité des peuples, à la mixité, et le parallèle entre le sport (ici le rugby) et la politique est très bien mené, sans excès de sentimentalisme, simplement, presque naïvement même, mais çà passe.
On y croit d'abord grâce à Morgan Freeman, absolument charismatique et plus que crédible en Mandela, au bord du mimétisme, sans en faire des tonnes, plutôt en retenue, il impose un sens de l'humilité, mais surtout la foi en l'humain, la force de vaincre, de passer au-dessus de ses blessures, de faire une croix sur le passé, même douloureux, de transmettre pour demain, et plus que d'évoquer la ressemblance physique du comédien avec son modèle, il faut surtout louer l'exceptionnelle prestance et ce charisme indéniable que dégage le grand acteur, rien qu'avec des regards, une démarche, une présence exceptionnelle qui irradie le film, il est épatant dans ce portrait tout en finesse et en justesse de ce grand homme au destin fascinant, enfin devenu libre, surtout libre dans sa tête (comme un symbole, Freeman veut dire "homme libre"!).
A ses côtés Matt Damon est lui aussi très crédible en rugbyman, en capitaine courageux.Il hérite d'un rôle moins fort, de plus le rugby n'est ici qu'un prétexte, heureusement les scènes du sport lui-même sont assez peu nombreuses et souvent d'ailleurs les moins intéressantes.
Malgré le peu de "suspense "narratif du à la véracité de l'histoire, la mise en scène sobre mais efficace de Clint Eastwood réussit à nous captiver grâce au montage parfait, à quelques scènes fortes, filmées simplement mais très parlantes (la rencontre des deux hommes, comme une transmission, unis dans la force de vaincre, l'équipe de rugby découvrant les quartiers pauvres des noirs sud-africains et jouant avec les enfants, la visite de l'ancienne cellule de Mandela, l'enfant noir errant dans les rues à la recherche de nourriture et tentant d approcher une voiture de blancs pour y écouter le match final à la radio, comme un symbole de réconciliation).
Alors bien sûr tout celà est très angélique, presque trop beau, (le côté "demi-dieu" de Mandela est certainement exagéré et l'homme a certainement ses parts d'ombre) et pourtant le message est important, celui de croire à la réconciliation, à travers la personnalité de Mandela (qui est plus montré, à juste titre, comme un humaniste que comme un politique, tourné à présent vers les autres: on le voit demander des nouvelles de la santé de ses proches, de leur famille, alors que la sienne ne doit pas être évoquée) afin que chacun puisse devenir, comme le dit le poème qui a donné le titre au film, "le maître de son destin et le capitaine de son âme".
Un Eastwood plus lumineux, et donc moins nuancé, très classique (un peu trop parfois?), à voir comme une belle histoire fraternelle et universelle, déroulant des valeurs auxquelles on voudrait encore croire.
Une histoire simple, pleine de bons sentiments, mais toujours juste, sans mièvrerie, très bien mise en scène et emballée par un acteur qui nous embarque, pour un Eastwood peut-être un peu en dessous, malgré tout un grand film lyrique et symbolique pétri d'humanité.
"...Depuis l'obscurité qui m'envahit,
Noire comme le royaume de l'enfer,
Je remercie les dieux quels qu'ils soient
Pour mon âme indomptable.
Dans l'étreinte féroce des circonstances,
Je n'ai ni bronché ni pleuré
Sous les coups de l'adversité.
Mon esprit est ensanglanté mais inflexible.
........
Peu importe combien le voyage sera dur,
Et combien la liste des châtiments sera lourde,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme."

MA NOTE: 15/20
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