LES HERBES FOLLES-Les ailes du désir-

Ce dernier Alain Resnais était rentré de Cannes avec un curieux prix, un Prix exceptionnel du Jury, certains y avaient vu plutôt un hommage, les critiques apparaissaient divisées sur le film et en fait on peut comprendre pourquoi après l'avoir découvert.
Car en effet c'est un film très original, partant pourtant d'un scénario assez mince, adapté d'une nouvelle "L'incident".
Ce film qui débute comme un conte avec la voix-off pleine de malice d'Edouard Baer, est original par son ton, à la fois comédie fantaisiste et presque surréaliste parfois, original par sa mise en scène qui nous perd un peu, souvent même, à l'image d'un récit qui ne sait jamais où il va, nous donnant presque une sensation de vertige, mais un vertige bienheureux, comme dans un rêve.
Ces deux personnages qui vont forcément devoir se rencontrer, suite à cet "incident", et qui font tout pour s'éviter, malgré la poussée du désir qui rentre en eux comme pousse une herbe folle, insidieusement, nous sont présentés comme des êtres un peu étranges, on sait peu de choses sur eux, surtout sur Georges qui refoule souvent des pulsions meurtrières dont on a pas la clef, à l'humeur variable, pouvant passer en un instant de la douceur à la colère, énigmatique et sans cesse borderline.Borderline le film ose aussi l'être, et comme des herbes folles des morceaux de scènes inattendus, cocasses, jubilatoires ou curieux poussent et envahissent l'histoire pour mieux encore noyer une quelconque compréhension rationnelle au récit.
Car en effet ce qui fait la force de ce vaudeville c'est sa liberté de ton, la fantaisie jouissive d'un cinéaste encore vert qui nous perd pour mieux nous enflammer.
Saluons également la belle lumière du film, toutes ces scènes admirablement colorées par cette lumière chaude presque automnale, à l'image de la splendide scène de la première apparition de Marguerite, filmée de dos, cette lumière enveloppant magnifiquement la chevelure sauvage, autre herbe folle, de Melle Muir, ou les splendides éclairages des scènes du cinéma où a lieu la rencontre.
Alors évidemment pour interpréter cette fantaisie pleine d'insolence et de folie il fallait deux interprètes au diapason et là Resnais a fait appel évidemment à ses deux complices: André Dussollier est une nouvelle fois superbe, à la fois amusant, intrigant, irrationel, il apporte à la fois sa classe, son charisme et toute sa fantaisie naturelle, pareil pour Sabine Azema dont la chevelure est ici le reflet idéal à sa déraison et son incapacité à planifier correctement son désir.Deux grands acteurs dont la fantaisie se marie à merveille à cet univers.
Parmi les nombreux seconds rôles notons les apparitions réjouissantes de Mathieu Amalric et de Michel Vuillermoz, roulant de gros yeux , épatants en policiers un peu hallucinés.
Malgré une dernière demi-heure un peu plus en demi-teinte, l'ensemble dégage assez de folie et de charme pour nous envoûter (même si on peut comprendre qu'elle puisse en dérouter certains), grâce à une histoire souvent loufoque et absurde mais absolument pas "prise de tête", il suffit de se laisser emporter comme dans un rêve aérien, et avec cette herbe folle qui pousse au milieu d'un cinéma français d'une pauvreté assez affligeante parfois en ce moment, le bonheur est dans le pré!
ANDRE DUSSOLLIER-SABINE AZEMA-CANNES 2009-Photos persos-


MA NOTE: 15/20
Publicité