L'IMMORTEL-La vengeance dans la peau-

Vu en avant-première à l'UGC-Ciné-Cité-La Défense, en présence du réalisateur Richard Berry et de Jean Reno, les deux faisant preuve d'une belle complicité sur scène ( ils se connaissent depuis plus de trente ans).
Tiré d'un roman, inspiré lui-même de l'histoire vraie d'un parrain du milieu marseillais qui rentre en guerre avec son ancien ami qui le trahit, en voulant l'éliminer, cette histoire de vengeance est un thriller matiné de film noir avec comme toile de fond la colorée ville de Marseille.
On retrouve dans ce film tous les codes inhérents à ce genre, avec le sens fort de l'amitié virile, le respect de la famille, le tout est décrit avec chaleur, violence et passion, sans fioritures, sans concession, et la violence est souvent très puissante et parfois presque insoutenable, ce qui accentue le réalisme saisissant du propos, rien n'est édulcoré.
La vengeance de Charly est inéluctable, pour protéger les siens, pour conserver son honneur perdue, il ne le fait pas par plaisir mais par nécessité, car s'il s'est retiré des "affaires", il se voit rattraper par son passé, comme il est dit sur l'affiche "le sang versé ne sèche jamais" et il n'y a pas de pardon possible pour les traitres.
Le gros atout du film est sa réalisation nerveuse, pleine d'intensité, avec des scènes filmées souvent caméra à l'épaule qui accentuent le côté haletant de l'action, pour en être au plus près et se sentir secoué, le tout porté par une musique qui se marie harmonieusement aux séquences souvent choc, avec des personnages et des seconds rôles haut en couleur.
Pourtant à côté de cette maestria technique assez singulière subsistent quelques défauts qui empêchent d'adhérer totalement à l'histoire et gâchent un peu notre plaisir: quelques invraisemblances comme le fait que cet homme paralysé d'un bras et d'une jambe, suite à son attentat, puisse s'engager dans une folle course-poursuite à moto!quelques scènes intimistes assez ratées aussi. Quand à l'interprétation, si Jean Reno est vraiment magnifique et est en plein dans le personnage, dans la peau de cet homme à la fois fort et fragile, qui devient justicier et vengeur forcé, sans autre but que de sauver sa famille, qui a gardé le sens de l'honneur (l'acteur trouve un rôle à la mesure de son charisme, usant de son physique, de sa voix rauque fatiguée, apportant toute la gravité et le fatalisme nécessaire à ses actes), à ses côtés dans le rôle du grand méchant, traître et lâche, Kad Merad, (erreur de casting?) qui malgré ses efforts louables, a du mal à nous faire oublier ses rôles de comédie, justement par le fait que son personnage va peut-être trop vers la caricature, à l'image de la scène où il arrive à la clinique. Quand à Marina Fois, elle aussi dans un contre-emploi surprenant, elle s'en sort plutôt bien dans le personnage sensible de la flic veuve.
Quand au formidable Jean-Pierre Darroussin, son talent est malheureusement ici trop peu utilisé, il est sous-employé, à part dans la scène finale, dommage.
Malgré un certain talent de mise en scène et une atmosphère bien rendue, on passe à côté d'un grand film.Un polar ultra-violent qui malgré tous ses défauts reste d'une superbe efficacité narrative, avec un Jean Reno qui, avec ce personnage emprunt de gravité et de lyrisme, trouve ici un de ses meilleurs rôles.



MA NOTE: 12/20
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