PARTIR-Les pièges de la passion-
Suzanne a la quarantaine. Femme de médecin et mère de famille, elle
habite dans le sud de la France, mais l'oisiveté bourgeoise de cette
vie lui pèse. Elle décide de reprendre son travail de kinésithérapeute
qu'elle avait abandonné pour élever ses enfants et convainc son mari de
l'aider à installer un cabinet. A l'occasion des travaux, elle fait la
rencontre d'Ivan, un ouvrier en charge du chantier qui a toujours vécu
de petits boulots et qui a fait de la prison. Leur attraction mutuelle
est immédiate et violente et Suzanne décide de tout quitter pour vivre
cette passion dévorante.
Le sujet: banal, déjà vu et revu, le mari, la femme, l'amant, mais vu ici du point de vue de la femme, mis en scène par une femme de surcroît, une histoire simple d'adultère, ou plutôt l'histoire d'une passion dévorante, destructrice, qui emportera tout sur son passage, une histoire où la raison n'a plus lieu d'être, où tout ce qui est établi se trouve emporté par la tempête de cet amour trop fort.Dans ce couple qui a tout-en apparence- pour lui, l'usure guette chez la femme, déjà elle décide de s'émanciper, en reprenant son travail , puis en redécouvrant l'amour avec un ouvrier -fortuitement-mais cet hasard est aussi un désir fort encré en elle, le coup de foudre a frappé et sa trace est indélébile.
Ce qui est souvent vécu par d'autres couples, ici Suzanne, elle, ose l'assumer et surtout l'avouer immédiatement à son mari, "je n'ai jamais su mentir" lui dit-elle, elle a ce courage fou mais va jusqu'au bout, ce qui entraîne son mari dans une rage folle, car celui-ci voit soudainement vaciller ses certitudes, sent sa "possession" lui échapper, il ne peut l'accepter, de plus "une bourgeoise avec un prolo", pour lui c'est le pire de tout, et il va alors tenter de la récupérer par la force, non pas par les moyens humains mais par un odieux chantage financier.
Partir...elle veut le faire d'abord lors du premier rendez-vous amoureux chez son amant, "dis-moi de partir" lui supplie-t-elle, mais dans son regard on sait qu'elle est déjà pris dans le piège de la passion, puis partir du domicile conjugal, elle va tenter aussi de le faire mais elle sera prise cette fois dans le piège du chantage à l'argent, une liaison dangereuse crevée dans l'oeuf, un retour au bercail impossible à supporter, l'issue ne pourra être que fatale...
Une histoire simple, au lyrisme brut et sincère, d'une sobriété exemplaire, sans fioritures, et qui va au plus près des sentiments et des ressentis des personnages, introduite par une tragédie annoncée (le coup de feu du début le laisse présager, mais on a le suspense de savoir jusqu'au bout à qui il sera destiné), mais pouvait-t-il en être autrement dans ce drame annoncé insoluble?
Alors pour interpréter ce trio déchiré et déchirant il fallait du "lourd", et de ce côté là on est plus que gâtés: d'abord Kristin Scott Thomas sur qui repose toute la structure du film: la quarantaine flamboyante, d'une beauté et d'une sensualité intenses, elle est tour à tour lumineuse, amoureuse comme une jeune fille éperdue, ("regarde-toi, on dirait une chienne en chaleur!" lui lance écoeuré son mari en la surprenant au téléphone avec son amant), puis perdue, contrainte à pratiquement se vendre pour survivre, peu à peu détruite par cet amour, qu'elle voudra un instant oublier mais qui la rattrape, lui colle à la peau, elle ira jusqu'à la folie, inéluctable, pendant tout le film l'actrice est grandiose, bouleversante, elle a aussi l'art assez rare de dire beaucoup avec peu, par petites touches, fabuleuse, une très grande!
Quand aux deux hommes du film, c'est de la même veine, Sergi Lopez en "prolo" espagnol qui se retrouve malgré lui emporté par cette passion, apporte tout son charme et sa virilité, bruts et naturels, son aisance et la douceur d'une force tranquille, alors qu'Yvan Attal est lui aussi parfait dans le rôle ingrat du mari trompé, jaloux, rageur et violent, prêt à tout pour récupérer sa moitié, et même dans sa quête impardonnable, on peut lui trouver des raisons.
De toute façon ici la réalisatrice ne prend parti ni pour l'un ni pour l'autre, elle ausculte simplement les ravages provoqués par cette passion tout en y apportant la pudeur pas évidente à transcrire dans un tel sujet.Seul le personnage de l'amant semble raisonnable, mais finalement la vraie victime de ce qui peut se résumer comme un "crime passionnel".
Ou comment faire du grand art avec une histoire de coeur assez quelconque au départ, mais qui a le mérite d'être toujours juste, au plus près des personnages, avec une intensité dramatique toujours maintenue, magnifiée par une mise en scène subtile et brute, et surtout des acteurs épatants, le premier coup de coeur français de cet été, alors courez-y!
KRISTIN SCOTT THOMAS-CANNES 2009-Photo perso-


MA NOTE: 16/20


MA NOTE: 16/20
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