LA ROUTE-Le dernier combat-


Il y a maintenant plus de dix ans que le monde a explosé. Personne ne
sait ce qui s'est passé. Ceux qui ont survécu se souviennent d'un
gigantesque éclair aveuglant, et puis plus rien. Plus d'énergie, plus
de végétation, plus de nourriture... Les derniers survivants rôdent
dans un monde dévasté et couvert de cendre qui n'est plus que l'ombre
de ce qu'il fut. C'est dans ce décor d'apocalypse qu'un père et son
fils errent en poussant devant eux un caddie rempli d'objets
hétéroclites - le peu qu'ils ont pu sauver et qu'ils doivent protéger.
Ils sont sur leurs gardes, le danger guette. L'humanité est retournée à
la barbarie. Alors qu'ils suivent une ancienne autoroute menant vers
l'océan, le père se souvient de sa femme et le jeune garçon découvre
les restes de ce qui fut la civilisation. Durant leur périple, ils vont
faire des rencontres dangereuses et fascinantes. Même si le père n'a
ni but ni espoir, il s'efforce de rester debout pour celui qui est
désormais son seul univers.
Après "Les derniers jours du monde" ou "2012" voici à nouveau un film ayant pour toile de fond la fin du monde, d'après un puissant best-seller récent.Alors film de science-fiction avec effets spéciaux, non pas vraiment, d'ailleurs çà pourrait être l'après 2012 sur le papier mais sur l'écran c'est surtout l'anti-2012, ici on a plutôt affaire à un road-movie apocalyptique, de la catastrophe on ne sait rien, mais peu importe, c'est plutôt la chronique d'une agonie, d'une mort annoncée, comme un dernier combat perdu d'avance, mais peut-être y aura-t-il au bout la mer ou plus de chaleur, la quête désespérée d'un monde meilleur auquel s'accrochent un père et son fils, portant malgré tout sur leurs épaules et sur leur visage le poids de la tristesse et du désespoir, après dix années de survie .
Un rythme très lent, peu de suspense, peu d'action, anti-spectaculaire, et pourtant on est sans cesse captivé, étouffé par l'atmosphère de ce chemin de croix, l'espoir de ces êtres en perdition dans un monde qui tire sa révérence (terrifiants et pourtant sublimes plans de paysages grisâtres, glacés et dévastés, faits de cendres et d'arbres calcinés) rempli pourtant d'étincelles d'humanité.
Mais ce récit est surtout un dernier grand cri d'amour d'un père à son fils, ils se raccrochent l'un à l'autre comme dans une ultime résistance au désespoir, et c'est là tout le thème fort du film, magnifié par le charisme et la puissance émotionnelle de deux acteurs magistraux:
Viggo Mortensen, qui s'est investi aussi physiquement, est exceptionnel à la fois de force et de retenue, d'humilité dans le rôle du père, sorte de Christ dont cette route est le dernier calvaire, portant sa croix, mais se raccrochant d'abord au souvenir de sa bien-aimée (sublimes apparitions de la douce et lumineuse Charlize Theron, en femme désespérée qui n'a pas le courage d'affronter sa déchéance programmée) et surtout aux liens du sang qu'il tisse avec son fils, sa dernière raison de résister, un fils qu'il couve et protège, à qui il veut enseigner le courage de résister comme une dernière initiation à la survie, lui qui est l'ange ultime dans ce monde envahi par le diable et où à présent ne survivent que barbares et cannibales.
Le jeune Kodi Smit-McPhee est également époustouflant de naturel dans le rôle de l'enfant, tout en pudeur et émotion rentrée, en ange apeuré mais tellement fort aussi, et la ressemblance physique du jeune acteur avec Charlize Theron est, bien sûr voulue, très troublante, aussi il est en même temps le fantôme de la mère, celle qui les a abandonnés mais qu'ils ne peuvent oublier, à chaque instant son souvenir leur revient comme un boomerang, le fils voudrait ainsi mourir pour la rejoindre et le père tente de l'effacer de sa mémoire en jetant photo et alliance du haut d'un pont, mais un simple piano le rappelle douloureusement à sa mémoire.
Saluons aussi l'apparition touchante et prodigieuse du grand Robert Duvall, méconnaissable, bouleversant, en vieil homme presque aveugle, dans une scène formidable où il se croit un instant mort, croyant retrouver en la personne du fils, son fils disparu, revenu en ange.Déchirant.
Alors pourquoi ces deux êtres luttent-ils encore?L'un pour l'autre ils s'efforcent de survivre sans y croire vraiment, mais ils refusent de choisir la barbarie comme mode de survie (parfois le fils doute et demande à son père s'il finira aussi par le manger) et pour eux parfois l'humanité semble refaire surface, ils retrouvent soit le confort physique (bain dans la cascade) soit le confort matériel (avec la cave remplie de victuailles où ils vont l'espace d'un instant se reconstruire, en recréant les bonheurs d'antan).
Mais ils sont sans cesse en fuite, poursuivis par les quelques rares survivants qui n'auront d'autre issue que de les manger pour survivre à leur tour et le père n'imagine pas son fils finir dans ces conditions, aussi un révolver est là, comme un échappatoire, au cas où.
Alors sans raconter la fin on peut dire qu'une note optimiste vient éclaircir la noirceur du propos.
Un film d'une tristesse infinie de par son sujet évidemment et en même temps d'un humanisme magnifique de par cette fusion entre un père et son fils, un "couple" en union désespérée mais indestructible dans cet enfer, une leçon de survie dans un monde condamné d'avance.
Au final un film terrifiant, angoissant, noir (dépressifs s'abstenir), mais avant tout une fable sur la résistance de la nature humaine face au déclin, plus optimiste qu'il ne peut y paraître, sur le pouvoir de la foi en soi face à l'horreur, une déchirante et bouleversante histoire d'amour, de transmission, on est à la fois glacé d'effroi et rempli de cette humanité débordante qui nous envahit, jamais on est dans la surenchère ni dans le sensationnel ou le larmoyant, tout ce qui est horrifique est simplement évoqué et se suffit à lui-même, l'émotion surgit naturellement et son pouvoir est d' une force insoupçonnée, on est littéralement transcendé et c'est plus un grand film intimiste magnifié par deux acteurs authentiques, exceptionnels de justesse, qui nous hypnotise, nous envoûte et nous hante longtemps après la projection.Un récit aussi à plusieurs lectures, à la fois terrible, d'une beauté contemplative crépusculaire et mélancolique absolues, mais surtout beaucoup de tendresse et d'amour, par dessus tout et contre tout.
Un gros coup au coeur et aux tripes et donc un des plus grands films de cette année 2009.
MA NOTE: 17/20
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