SERAPHINE-A la folie-

En 1912, le collectionneur allemand Wilhelm Uhde, premier acheteur
de Picasso et découvreur du douanier Rousseau, loue un appartement à
Senlis pour écrire et se reposer de sa vie parisienne. Il prend à son
service une femme de ménage, Séraphine, 48 ans. Quelque temps plus
tard, il remarque chez des notables locaux une petite toile peinte sur
bois. Sa stupéfaction est grande d'apprendre que l'auteur n'est autre
que Séraphine. S'instaure alors une relation poignante et inattendue
entre le marchand d'art d'avant-garde et la femme de ménage visionnaire.
Grâce à la semaine des "Incontournables UGC", j'ai pu voir ce film que j'avais raté à sa sortie, en octobre dernier, faute d'un circuit important.
Et bien il faut dire qu'on a bien là un des meilleurs films français de l'année.
Tout le film repose bien sûr sur ce personnage hors norme de Séraphine, cette femme de ménage très croyante, qui se mit à peindre des toiles, guidée par une force mystique ("mon inspiration vient d'en haut" dit-elle en levant ses grand yeux illuminés vers le ciel).
Ces toiles, ayant toutes la nature comme thème sont d'abord très claires, solaires, de plus en plus grandes, puis elles s'assombrissent et deviennent de plus en plus curieuses, presque crépusculaires, comme le personnage que l'exaltation mystique va faire basculer dans la folie.
Elle sera internée puis finira ses jours en 1942 à l'asile.
Entre-temps son mécène et marchand d'art aura réussi à vendre quelques-unes de ses toiles, après lui avoir fait miroiter un temps la célébrité et la gloire.
Pour interpréter cette artiste maudite et méconnue, il fallait une grande actrice.
Yolande Moreau est de cette trempe-là, on le savait déjà, mais elle trouve ici un rôle exceptionnel.
Avec peu de dialogues, uniquement sa démarche lourde et claudicante, son regard d'illuminée d'abord puis de folle ensuite, elle incarne idéalement cet être simple, guidé par un esprit créateur, toujours en communion avec la nature, le plan final (très lent) est magnifique, lorsqu'elle entrouve doucement la porte de l'asile, pour retrouver la lumière naturelle, elle prend une chaise pour aller s'installer "auprès de son arbre", faire à nouveau communion avec cette nature qui a toujours été son guide spirituel et artistique .
Elle est d'une justesse et d'une simplicité désarmante, (sorte de Bécassine rêveuse et nonchalante) à l'image du film tout entier, qui prend son temps pour nous hypnotiser peu à peu.La photographie est superbe, les plans de nature, très simples, sont magnifiquement composés.
Un beau film, touchant, sur le mystère et la complexité de la création et de sa reconnaissance, à travers ce personnage troublant, auquel Yolande Moreau apporte toute son aura et sa puissance d'interprétation.
YOLANDE MOREAU-CANNES2005-Photo perso-


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