WELCOME-Le passager-
Pour impressionner et reconquérir sa femme, Simon, maître nageur à
la piscine de Calais, prend le risque d'aider en secret un jeune
réfugié kurde qui veut traverser la Manche à la nage.
Philippe Lioret
a marqué le cinéma français avec quelques films touchant sur les émotions humaines, de la magique et romantique brève rencontre de "Mademoiselle" au
plus dramatique "Je vais bien, ne t'en fais pas", évocation douloureuse
de l'absence, ici c'est avec plus de noirceur qu'il décrit la relation
impossible entre deux hommes que tout sépare, avec comme toile de fond
le difficile sujet des émigrants de Calais."Welcome", c'est ce qui est écrit sur le paillasson du voisin de Simon, celui-là même qui le dénoncera à la police pour avoir recueilli chez lui un clandestin.Triste écho à d'autres dénonciations, comment ne pas songer à l'Occupation, toutes proportions gardées, bien sûr!Cà fait mal de voir celà dans le pays de la liberté!
Simon est un homme ordinaire, ancien champion de natation, dont la situation privée est instable, en instance de divorce, il va prendre fait et cause pour un jeune kurde qui veut retrouver l'amour de sa vie.Lui est en train de perdre le sien, alors qu'il n'a rien fait pour la retenir (comme il le dit à son réfugié: "tu as traversé des milliers de kms pour elle, moi j'ai même pas été capable de traverser la route pour la rattraper").
A son amour perdu va peut-être se substituer l'amour de ces deux kurdes qui tentent de se retrouver, séparés eux par une mer, à l'image de cette bague retrouvée sur le lit et qui va tenter d'être le passage, le témoin d'un nouvel amour, lequel en vérité?
A ses risques et périls (on peut prendre 5 ans de prison rien que pour accueillir ou aider un réfugié clandestin), il va lui venir en aide, touché par sa quête impossible, comme pour se rattraper, un peu comme le fils qu'il n'a pas eu, peut-être aussi pour récupérer son ex-femme qu'il aime toujours.
A partir d'un fait actuel et dérangeant, aussi très difficile à résoudre (ces clandestins parqués, numérotés, sont indésirables, on ne veut pas les voir, à l'image de la scène où ils sont interdits d 'accès au supermarché), le réalisateur nous livre un film très accessible, linéaire, grand public, et même s'il nous présente un sujet militant, jamais il ne prend parti, il livre simplement un triste constat, souvent terrible (en quelques scènes tout nous est révélé, la vie difficile de ces gens mis à l'écart de l'humanité, le triste boulot des policiers, tout est décrit à la fois avec délicatesse et rudesse), mais ancré dans la réalité et toujours avec un sens de la dramaturgie très fort, porté par un scénario parfait qui émeut sans pathos, toujours rempli d'humanisme sincère et servi par des interprètes au diapason du récit.
Vincent Lindon, en bourru au coeur tendre, blessé par sa séparation, et qui va tenter de se racheter, de redonner sens à sa vie, grâce à l'intrusion (salutaire?) de ce "passager" de l'espoir, refusant l'injustice (comme il le dit, il n'y est pour rien si on les a laissé rentrer en France), n'écoutant que son coeur, combattant et prêt à tout (un peu comme dans 'Pour elle"), est une nouvelle fois génial, plein de pudeur, de force et de fragilité mêlées, magnifique, bouleversant!
Il nous revient très fort, choisissant des rôles très intéressants, bravo et respect!
A ses côtés, le jeune Firat Ayverdi, très charismatique, est éblouissant de naturel et d'une justesse confondante.Son duo avec Vincent Lindon est troublant.
Plus la lumineuse Audrey Dana, toute en intériorité et en douleur déchirante, en ex-épouse ravagée par un amour qui s'en va.Elle confirme tout le bien qu'on pensait d'elle après sa prestation remarquable dans le dernier Lelouch.
La grande force de ce film en est ce sens de l'épure, cet atout d'aller à l'essentiel avec un minimum d'effets et de faits, rien n'est trop appuyé, et c'est ce qui nous touche au plus près, nous fait froid dans le dos d'abord puis nous emporte jusqu'au bord des larmes, sans jamais pourtant n'avoir l'impression de les provoquer, et tout se joue souvent dans les regards, les silences, qui en disent parfois plus que certaines scènes.
Le meilleur film français de ce début d'année, assurément, à la fois tragédie bouleversante, manifeste humaniste et amitié déchirante.On en ressort remué, touché au coeur.
Sublime partition d'un des plus intéressants représentants actuels de notre cinéma français.
VINCENT LINDON-CANNES 2006-Photo perso-

MA NOTE: 17/20
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