BIUTIFUL-Rédemption-

Vu au dernier festival de Cannes, d'où il a rapporté le prix d'interprétation masculine pour son acteur principal Javier Bardem, et je dois dire mérité pour un rôle si fort qui marquera à coup sûr sa carrière, il est de tous les plans, profondément désespéré, et irradie le récit de son charisme tragique, comme un Christ dans son chemin de croix terminal (même si pour ma part je l'aurais donné collectivement aux huit acteurs du film de Xavier Beauvois "Des hommes et des dieux"), pourtant c'est le seul vrai gros atout d'un film qui laisse un peu perplexe.
Certes, comme toujours chez Alejandro Gonzalez Inarritu, on est souvent conquis par la puissance brute de la mise en scène, ici dans un constat social terrifiant et d'une tristesse insondable, presque glauque parfois, on y cotoie la maladie, la misère, les clandestins, la corruption, les trafics (matériels et humains), c'est parfois bouleversant et en même temps parfois trop de pathos tue le pathos, tout devient trop compassionnel et çà en enlève finalement l'émotion simple qu'on aurait pu y trouver.
C'est plus une fable sur un monde en voie de déshumanisation, assez pessimiste mais douloureusement réaliste, mais surtout le chemin de fin de vie d'un homme qui veut s'humaniser avant de disparaitre, finir avec dignité en réparant et recollant les morceaux de sa vie et de ses proches, comme une rédemption, même si parfois ce sera terrible de conséquence.
Plus simple dans sa construction que ses précédents films qui croisaient plusieurs histoires entremêlées, ce nouvel opus est finalement moins percutant, malgré de splendides envolées lyriques, on en vient parfois à s'ennuyer, la faute sans doute à un scénario pas assez travaillé et qui ne s'appuie que sur l'émotion supposée nous envahir.
Décevant donc, trop long, trop sombre et sans espoir, étouffant, mais surtout manquant de force narrative, et ce, malgré quelques fulgurances de mise en scène (comme cette vision terrifiante des cadavres rejetés par la mer sur la plage) et un acteur intense et déchirant, normal donc que ce film dur et implacable, qui nous prend malgré tout aux tripes, mais un peu trop fiévreux et un peu malade de son sujet, n'ait pas obtenu de vrai prix à Cannes.Car ce n'est pas tant sa noirceur même qui nous déroute, mais il lui manquait une vraie force scénaristique pour nous permettre d'y adhérer totalement.

MA NOTE: 13/20
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