ELLE S'APPELAIT SARAH-Un secret-




Julia Jarmond, journaliste américaine installée en France depuis 20 ans, enquête sur l'épisode douloureux du Vel d'Hiv.
En remontant les faits, son chemin croise celui de Sarah, une petite fille qui avait 10 ans en juillet 1942.
Ce qui n'était que le sujet d'un article devient alors, pour Julia, un enjeu personnel, dévoilant un mystère familial.
Comment deux destins, à 60 ans de distance, vont-ils se mêler pour révéler un secret qui bouleversera à jamais la vie de Julia et de ses proches ?
La vérité issue du passé a parfois un prix dans le présent...
Vu en avant-première à l'UGC La Défense, en présence d'une grande partie de l'équipe du film, qui a eu la bonne idée de venir à la fin de la projection afin de répondre aux questions (peu pressantes!) des spectateurs présents.Le réalisateur, connu plus pour des films d'action, a reconnu avoir été touché par cette histoire (tirée d'un roman de Tatiana De Rosnay), lui-même étant petit-fils de juif déporté et cette histoire est donc remontée à la surface, l'auteur du roman présente a reconnu être très fière de l'adaptation de son livre.
Voilà un film au sujet évidemment douloureux, dont le thème principal (la rafle du Vel d'Hiv) avait été traitée (avec brio et le succès que l'on connait) dans le récent "La Rafle", mais contrairement à ce dernier qui se voulait plus une reconstitution historique qui appelait surtout à un nécessaire devoir de mémoire, ici on a une fiction, certes profondément encrée dans la grande Histoire, mais le sujet principal est cette enquête que va mener cette journaliste, cette en-quête de vérité sur ce personnage de Sarah qui l'obsède, elle même quand on lui demande pourquoi elle fait tout çà, répond "je n'en sais rien".
Après une première partie touchante et efficace, mêlant alternativement passé et présent avec talent (la rafle est bien vue, sans pathos excessif, montrant à la fois les bons et les méchants chez les policiers français, insistant sur le caractère inhumain de cet enfermement, sur la douleur de la séparation enfants-parents, sans excès de sentimentalisme), la deuxième partie, plus axée sur la partie contemporaine et la recherche du personnage adulte de Sarah, est moins convaincante, traine parfois en longueurs inutiles jusqu'à cette fin tellement attendue qu'elle en devient presque fade, sans la petite touche d'émotion ou l'intensité qu'une telle histoire aurait méritées.
Dommage, car si le film n'est pas exempt de défauts dans sa construction (pas évident non plus de faire s'imbriquer deux périodes si différentes) il révèle des moments forts, grâce surtout à des interprètes majuscules: évidemment les deux rôles principaux sont ces deux femmes: Kristin Scott Thomas, en plus de sa classe habituelle, de son élégance naturelle,de son charisme, apporte ici une sobriété et une pudeur essentielles à ce personnage de femme forte bouleversée par cette histoire qui l'obsède jusque dans sa chair, aux risques d'en briser les liens de son couple.
Dans le rôle de Sarah jeune, on retrouve la jeune et déjà formidable Mélusine Mayance (déjà magnifique dans "Ricky" de Ozon) qui apporte toute sa fragilité et ses grands yeux bleus si douloureux avec ce personnage de fille puis de femme à tout jamais noyée dans la tristesse, au destin brisé, et qui va devoir vivre avec un terrible secret, elle qui en voulant protéger son jeune frère va sans le vouloir causer sa perte.En tout cas une vraie graine de star que cette petite si prometteuse!
Puis des seconds rôles savoureux et émouvants comme le couple de parents adoptifs superbement incarnés par deux "gueules", la trop rare Dominique Frot et le puissant Niels Arestrup, au regard et à la stature tellement parlants, qui arrive à créer un personnage avec si peu, dommage que son rôle soit si court! quel acteur, quel charisme, quelle présence! plus l'éternel et indispensable Michel Duchaussoy dans un rôle bouleversant (scène déchirante avec sa belle-fille dans la voiture lorsqu'il évoque le terrible secret qui l'habite depuis l'enfance) et lui aussi malheureusement pas assez exploité,l'étonnant et détonnant Frederic Pierrot et son jeu si particulier, et la délicieuse Gisèle Casadesus en Mamé, elle qu'on voit décidément beaucoup ces derniers temps sur les écrans (le Becker, le Lelouch...).
Plus Aidan Quinn , lui aussi excellent en fils découvrant l'histoire secrète de sa mère, qui marque heureusement la deuxième partie (plus décevante) de son talent d'acteur.
Une adaptation classique mais sobre, un film au sujet puissant, dont on n'oubliera pas quelques moments très réussis et bouleversants (comme ce vieux musicien et sa bague empoisonnée qui refuse qu'on décide pour lui du moment de sa mort, si parlant pour la propre histoire personnelle du réalisateur, le retour pour la petite Sarah dans l'appartement de ses parents, retour plein d'espoir et finalement terrible, si cruel, sortant libre de l'enfer elle va connaitre une blessure intime qui la poursuivra éternellement, le tout filmé avec une pudeur bienvenue, ou bien encore la visite au mémorial de la Shoah, instant saisi simplement), avec une belle musique, mais dont le souffle retombe malheureusement trop souvent, on aurait aimé peut-être un peu plus de romanesque, en tout cas plus d'émotion, au final on a droit à un joli film un peu bancal, à l'équilibre instable, mais qui parvient par moments à nous toucher profondément, avec douleur mais aussi pudeur et retenue.



MA NOTE: 14/20
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