L'HOMME QUI VOULAIT VIVRE SA VIE-Le deuxième souffle-

Ce film d'Eric Lartigau, plus spécialisé jusque là dans la comédie, est adapté du roman "L'homme qui voulait vivre sa vie" de Douglas Kennedy, paru en France en 1998.
A la fois drame existentiel et thriller intimiste, voici un récit captivant, dont la narration présente deux parties évidemment très distinctes, ceci étant du à la cassure même du scénario: et si certains préfèrent la première partie, d'autres la deuxième, pour des raisons diverses et variées, personnellement la deuxième partie, avec l'errance et la reconstruction du fugitif à Montenegro, sous forme de faux road-movie, mis à part la belle photographie, m'a un peu moins passionné (même si cette fin inédite en forme de rédemption, un peu mal foutue niveau mise en scène, est finalement bien vue et adaptée à notre époque, tout en pouvant laisser inaugurer d'une suite?), dommage car pour le reste on est passé à côté d'un très grand film.
Car même si le suspens de l'histoire en elle-même est peu entretenu, et d'ailleurs ce n'est pas ici le plus important, on est constamment pris par l'aventure de cet homme qui du jour au lendemain se rend compte qu'il a raté sa vie, ou plutôt qu'il ne l'a pas encore vraiment commencé, surtout que sa femme s'éloigne, un être en crise d'identité, en quête de repères, un être psychologiquement complexe, apeuré, troublé, angoissé, qui va devoir commencer une nouvelle vie amis avec toujours au fonds de lui le remords qui le ronge au plus profond de son être, avec pour seul souvenir une photo (symbole aussi de sa vocation ratée) de ses deux jeunes enfants, la chair de sa chair, et lorsque cette photo, oubliée dans la voiture, brûle, c'est définitivement ce passé qui s'envole en fumée.Déchirante aussi la scène de départ, lorsqu'il quitte ses enfants, effondré de chagrin au volant de sa voiture.Car c'est le destin finalement qui aura eu raison plus tôt que prévu de son changement de vie.
Tout le film repose sur le personnage de Paul, et donc sur les épaules et la crédibilité de son acteur principal, Romain Duris: après la parenthèse (réussie) de la comédie d'amour et d'aventures "L'arnacoeur", où il excellait déjà, le voici véritablement exceptionnel d'envergure et de complexité dans un rôle puissant et bouleversant, il est intense, déchirant, fiévreux, magnétique, constamment à fleur de peau, apportant beaucoup de fragilité et d'humanité à ce personnage en perdition, il irradie le récit et l'écran avec tout son charisme et son talent immense, son jeu souvent très instinctif, même dans ses silences et ses regards d'homme perdu et en souffrance avec lui-même, il s'impose vraiment avec ce rôle comme l'un si ce n'est le meilleur de sa génération (les César devraient s'en souvenir dans quelques mois!).
A ses côtés, Marina Fois, très belle et touchante dans le rôle ingrat de l'épouse aigrie, plus Niels Arestrup, parfait et encore une fois imposant, ici en alcoolique malicieux et un peu étrange, et la grande Catherine Deneuve, en amie presque maternelle, elle aussi à un croisement de sa vie, se sortent très bien de leurs rôles, secondaires mais bien écrits.
Malgré donc quelques longueurs et quelques morceaux de scénario peu crédibles (on a du mal à croire en ce personnage de photographe amateur célèbre du jour au lendemain!) , le metteur en scène a réussi en grande partie l'adaptation de cette tragédie humaine, un récit touchant et captivant qui nous prend souvent aux tripes, nous met sous tension permanente comme son personnage, mais qui réussit à rester sobre dans sa construction et dans sa narration bien maîtrisée, évitant tout excès, tout en délivrant un certain suspens efficace.
Grâce surtout à l'exceptionnelle densité et palette d'émotions d'un des plus intenses acteurs du cinéma français!
MA NOTE: 14/20
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