MADEMOISELLE CHAMBON-Raison et sentiments-


Voilà un film qui ne fait pas de bruit, dont la sortie a été faite en douceur, sans tapage médiatique, et pourtant réalisé par un jeune réalisateur déjà remarqué, deux acteurs qu'on ne présente plus, ex-époux à la ville, dans une histoire simple, une brève rencontre amoureuse entre cet ouvrier bien rangé et cette institutrice qui ne peut se poser, qui semble fuir les amours déjà condamnés, une rencontre due à un concours de circonstances qui va bouleverser leurs certitudes, ébranler leur entourage, la passion d'un instant, mais non pas comme dans "Partir" une passion qui détruit, qui va jusqu'au drame, ici tout en pudeur et en douceur, en retenue, à l'image de ce maçon qui essaie tant bien que mal de réfréner les ardeurs de son coeur, emballé par cette "intruse" de passage dans ses sentiments.
L'intrigue est on ne peut plus simpliste, l'histoire tient en peu de choses et pourtant le talent de metteur en scène est absolument immense pour arriver à nous emporter avec lui, à nous faire souffrir aussi avec Jean, et tout çà avec très peu de dialogues, uniquement par des regards, des silences étouffants ou déchirants, une caméra qui prend son temps à cerner les visages, mais qui réussit à nous captiver, à l'image du plan de Jean filmé dans sa voiture, simplement de 3/4, de dos, ou les longs plans sur l'institutrice et son visage amoureux, mais résigné et déchiré.
On pense à la fois à "Mademoiselle" de Philippe Lioret pour la rencontre fortuite mais aussi à Truffaut et "La femme d'à côté", mais ici le drame est plus effleuré, on est plus dans la souffrance d'assumer des sentiments qui bousculent la raison et l'ordre établi.
La musique des sentiments est ici révélée par ces regards, ces silences, aussi de vraie musique il n'y a que ce violon, trait d'union mélancolique entre les deux, et cette musique déchirante atteint son paroxysme dans la magnifique scène finale de la gare, où le côté mélo jusque là évité, prend ici tout son sens, et ne tombe jamais dans l'inutile, le mièvre ou le lacrymal.
On en est que plus ébranlé, touché au coeur.
Alors certes cette sobriété maximum, ce sens de l'épure poussé, cette lenteur assumée, pourront en dérouter certains, en tout cas personnellement je suis rentré dans cette histoire dès le début et jamais je n'en suis sorti.C'est çà le talent de metteur en scène, et le talent des deux interpètes principaux est bien évidemment à saluer: si Vincent Lindon confirme qu'après "Welcome" il est bien l'acteur français de l'année, deux rôles magnifiques, et pas si différents finalement, ce sont deux rencontres fortes dans la vie d'un homme ordinaire, l'acteur est à nouveau prodigieux, tout en en faisant très peu, d'une rigueur et d'une sobriété exemplaire avec son mélange de force et de fragilité mêlées, son métier est d'ailleurs symbolique, lui qui construit des maisons faites pour durer toute une vie, avec des fondations solides, à l'image de son couple qui va pourtant vaciller un temps.
Et puis l'acteur est en osmose parfaite avec Sandrine Kiberlain, filmée amoureusement par le réalisateur, elle aussi magnifique de pudeur et de sentiments forts, d'une douceur et d'une douleur lumineuse et tragique.Sublimés et sublimes.
Saluons aussi les seconds rôles comme Aure Atika, en épouse qui voit son mari vaciller, elle aussi avec peu de mots, peu de gestes, exprime beaucoup à l'image de la scène de l'anniversaire du père de Jean, elle comprend tout en observant son mari, la caméra qui balaie les regards, tout est dit, à l'image du film tout entier qui nous bouleverse.
On ne révèlera pas la fin mais on peut juste saluer la magnifique image finale, la caméra qui filme l'extérieur du foyer, reculant dans une lumière automnale, sur la magnifique chanson de Barbara "Septembre", la mélancolie assumée et ici magnifiée, à la limite du romantisme.
Une histoire toute en intériorité et en souffrances, tout en retenue, presque simpliste, et pourtant d'une puissance émotionnelle forte et d'une subtilité immense sur les tourments de l'âme, beau et éprouvant mais une déchirure qui fait du bien finalement, à l'image de ce vent fort qui balaie et vivifie, un gros coup de coeur de cet automne bien fébrile.On aime aussi ce bon cinéma français!
"Jamais la fin d'été n'avait paru si belle.
Les vignes de l'année auront de beaux raisins.
On voit se rassembler, au loin les hirondelles
Mais il faut se quitter. Pourtant, l'on s'aimait bien.
Quel joli temps pour se dire au revoir.
Quel joli soir pour jouer ses vingt ans.
Sur la fumée des cigarettes,
L'amour s'en va, mon cur s'arrête.
Quel joli temps pour se dire au revoir.
Quel joli soir pour jouer ses vingt ans.
Les fleurs portent déjà les couleurs de Septembre
Et l'on entend, de loin, s'annoncer les bateaux.
Beau temps pour un chagrin que ce temps couleur d'ombre.
Je reste sur le quai, mon amour. A bientôt.
Quel joli temps, mon amour, au revoir.
Quel joli soir pour jouer ces vingt ans.
Sur la fumée des cigarettes,
L'amour nous reviendra peut-être.
Peut-être un soir, au détour d'un printemps.
Ah quel joli temps, le temps de se revoir.
Jamais les fleurs de Mai n'auront paru si belles.
Les vignes de l'année auront de beaux raisins.
Quand tu me reviendras, avec les hirondelles,
Car tu me reviendras, mon amour, à demain..."
("Septembre"-BARBARA-)
SANDRINE KIBERLAIN-DEAUVILLE2009-Photo perso-


MA NOTE: 16/20
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