UN POISON VIOLENT-Les ailes du désir-

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Clara Augarde. Sophie Dulac Distribution
Clara Augarde. Sophie Dulac Distribution

Cet été-là, tout change pour Anna. A son retour de l’internat, elle découvre que son père a quitté la maison.
Sa mère, effondrée par cet abandon, trouve refuge auprès du jeune prêtre du village.
Anna se raccroche à son grand-père, tendre et fantaisiste. Elle prépare aussi sa confirmation, dernière étape dans sa vie de croyante. Mais la naissance de son désir pour Pierre, un garçon libre et solaire, la fait vaciller.
Une part secrète d’elle même cherche à se donner corps et âme, à Dieu ou à quelque chose d’autre…

"Un poison violent, c'est ça l'amour" disait Gainsbourg, voici un premier film d'une jeune réalisatrice qui ose aborder un sujet sensible et douloureux, le passage de l'enfance à l'adolescence pour une jeune fille, la perte de l'innocence, les premiers émois, le tout dans une atmosphère rendue rigide par un carcan religieux imposé, ce catholicisme pur et dur au fin fond d'une Bretagne au climat pluvieux, pas très rose tout çà et pourtant que de grâce et de sensibilité dans ce récit d'apprentissage et d'initiation à la vie.
A l'aube de sa confirmation, elle doit subir ses premiers émois amoureux tout en cherchant l'intérêt ou la puissance de cette foi qu'on lui impose, avec notamment cette méfiance face aux tentations de la chair que lui indique sa religion (voir ce discours de l'évêque qui semble hypnotiser ses jeunes confirmés en les mettant en garde).
Un sujet grave traité sur un ton austère et presque contemplatif, un rythme lent certes mais jamais ennuyeux, une vraie atmosphère, pesante et viscérale, au plus près des corps et des visages,  un vrai trouble qui s'en dégage, et ce poison qui se répand en nous, mais comme une effluve de la vie, avec délicatesse et justesse.
Quel est ce poison du titre?,  pour cette jeune fille qui se trouve à l'âge fragile, mais aussi à l'âge où tout est possible, le poison violent, celui de l'amour naissant, du désir sexuel qui monte en elle et qu'elle ne peut contenir, des premières fois aussi qu'elle ne peut vraiment assumer, ainsi elle vascille et s'évanouit à son premier enterrement, comme elle le fera à sa confirmation, difficile apprentissage des passages obligés de la vie, pour la mère celui de la solitude qui pointe après son divorce et le fait qu'elle voit sa fille  lui échapper un peu plus chaque jour, pour le jeune prêtre la tentation de la chair à laquelle il ne doit pas se soumettre, autant de douleurs rentrées, de pulsions violentes qu'il faudra assumer ou rejeter.
On notera surtout une interprétation toujours juste et en osmose avec le thème du film, de la jeune et prometteuse Clara Augarde, très puissante, tout en intériorité parfois mais aussi très lumineuse par moments, osant beaucoup pour son jeune âge, de deux acteurs qu'on aurait pas forcément vu dans ces rôles au départ, que ce soit Lio , ici sobre et intense en mère catho déjà emmurée dans sa prochaine solitude ou l'épatant Michel Galabru  en papy jouisseur et malicieux, en fin de vie, voulant connaitre encore une fois les plaisirs de ce monde ("montre -moi une dernière fois d'où je viens", dit-il à sa petite-fille, et celle-ci soulève sa jupe pour lui montrer l'origine du monde! scène osée mais délicatement rendue), plus Stefano Cassetti , touchant en prêtre torturé, et également Youen Leboulanger Gourvil en jeune amoureux, apportant beaucoup de fraîcheur et de naturel.
Le tout enrobé d'une bande-originale superbe, avec des chansons très mélancoliques comme la version de "Greensleeves" par Barbara Dane, et celle obsédante de "Creep", le tube de Radiohead, par la chorale Scala qui clôt en beauté et en grâce ce magnifique film d'auteur.
http://www.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DevG2DDmSdxM&h=ae42c
Une superbe et envoûtante étude de moeurs, évocation d'une crise de foi, de la montée du désir, dans une famille troublée par ses évènements intimes, évocation des choses de la vie, qui peuvent à la fois faire vibrer et faire souffrir, avec des personnages tous marqués par des moments-clefs de leur vie, qui doivent faire un choix, sauter un pas, évocation à la fois pudique et gonflée, mais jamais forcée, très sensuelle mais subtile et délicate, aussi on en ressort troublé (par son sujet) et charmé (par sa fraîcheur et sa grâce),  le vrai coup de coeur de cet été,  qui résonne encore longtemps après, avec une cinéaste à suivre de très près.Le film a d'ailleurs déjà obtenu le Prix Jean-Vigo 2010.

LIO-FESTIVAL DE CANNES 2010-Photo perso-


MA NOTE: 16/20





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Publié dans Vu en salle-DRAME-

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G
Quelle belle critique! Je suis content de t'avoir envoyé voir ça (ha,ha)! Vivement une prochaine avant-première! J'espère que tu vas bien (je viens de voir que tu partais en vacances 15 jours, donc ça va...), et à bientôt!
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